La disparition d’un militant nationaliste historique ravive fractures, mémoires, climat post-électoral explosif.
La scène politique camerounaise est sous le choc. L’opposant Anicet Ekane, figure historique du nationalisme radical et président du MANIDEM, est décédé dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 2025, alors qu’il était détenu dans les locaux du Secrétariat d’État à la Défense (SED) à Yaoundé.
L’annonce a été faite ce lundi matin par ses avocats et sa famille, déclenchant une vague d’indignation au sein de l’opposition et des organisations de défense des droits humains.
Arrêté le 24 octobre à Douala, Ekane était accusé « d’insurrection, rébellion, révolution et incitation à la révolte » après avoir soutenu la proclamation unilatérale de victoire d’Issa Tchiroma Bakary, qui s’était autoproclamé président élu en contestation des résultats officiels donnant Paul Biya vainqueur.
Pour les autorités, cette prise de position constituait un « soutien actif à un projet de déstabilisation nationale ». Mais un autre élément enflamme davantage encore les débats : selon le MANIDEM, les appareils médicaux d’Anicet Ekane – notamment un extracteur d’oxygène vital – auraient été confisqués par la gendarmerie de Douala depuis son arrestation.

Son véhicule, contenant l’équipement, aurait été placé sous séquestre pendant plus d’un mois. « Le décès est survenu en situation de privation de liberté, après une privation illégale d’équipements médicaux essentiels », a dénoncé Me Emmanuel Simh, son avocat.
La cause exacte du décès n’a pas été rendue publique, mais les questions se multiplient : né en 1951 et souffrant de problèmes respiratoires, Georges Anicet Ekane avait alerté ses proches sur la dégradation de son état de santé.
L’affaire pourrait ainsi devenir l’un des épisodes les plus sensibles de l’après-élection. Héritier de l’UPC historique, témoin à 20 ans de l’exécution d’Ernest Ouandié qui marqua toute sa vie militante, Gorges Anicet Ekane aura traversé cinquante ans de combats politiques : militant clandestin dans les années Biya, figure centrale des « villes mortes » dans les années 1990, défenseur acharné d’une ligne nationaliste, puis soutien récent de Maurice Kamto et enfin d’Issa Tchiroma Bakary.
Sa trajectoire, nourrie de ruptures et de fidélité idéologique, faisait de lui une voix radicale mais respectée pour sa constance. « Ekane appartenait à la catégorie rare des opposants qui ne changent jamais de camp », confie un politologue camerounais.
Sa mort intervient dans un contexte électoral contesté, où les oppositions dénoncent des arrestations massives et où les tensions institutionnelles restent vives. Plusieurs observateurs internationaux estiment que ce décès pourrait devenir un catalyseur de mobilisation ou, au contraire, renforcer le climat de peur.
hDans tous les cas, il marque un tournant sombre : celui d’un militant dont le dernier combat aura été mené depuis une cellule.