Entre décès en détention, répression et tensions régionales, Yaoundé fait face à son plus sérieux test de gouvernance depuis une décennie.
L’annonce officielle, le 27 octobre 2025, de la réélection de Paul Biya avec 53,66 % des voix par le Conseil constitutionnel a ravivé des tensions profondes dans un pays aux équilibres politiques, sociaux et économiques déjà fragiles. À l’annonce des résultats, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes – à Douala, Yaoundé, Garoua ou encore Bafang – protestant contre le scrutin.
Selon des sources de l’ONU, le bilan s’élève à « près de 48 civils tués », tandis que des ONG évoquent jusqu’à 55 morts et des centaines d’arrestations arbitraires. Face à la gravité de la situation, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a exprimé sa « vive préoccupation » et demandé des « enquêtes rapides, impartiales et efficaces » sur toutes les violences post-électorales.
Le Secrétaire général de l’ONU a quant à lui insisté sur la nécessité d’un « dialogue inclusif » entre toutes les forces politiques pour préserver l’unité nationale. A cette préoccupation, vient s’ajouter la mort en prise d’un opposant, Georges Anicet Ekané.
Enjeux géopolitiques et géoéconomiques
Cette situation entretient un climat d’incertitude pour les partenaires étrangers et investisseurs internationaux, déjà attentifs aux risques liés à la stabilité sociale, à la sécurité des investissements et à la gouvernance.
Économiquement, le contexte post-électoral – avec interpellations massives, restrictions de rassemblements, possibles sanctions internationales – menace les flux d’investissement, alourdit le climat des affaires, et pourrait freiner des projets majeurs dans des secteurs stratégiques comme les ressources naturelles, les infrastructures ou les partenariats publics-privés.
Du point de vue de la sécurité et de l’intelligence économique, la répression des manifestations, l’usage présumé « excessif » de la force et l’arrestation de centaines de civils suscitent la crainte d’une radicalisation politique, d’un mécontentement social durable, et d’un renforcement des divisions.
D’autant qu’une population jeune et déjà fragilisée par la pauvreté pourrait être tentée par des formes d’opposition plus radicales.
Risques régionales et intérêts stratégiques
Le Cameroun joue un rôle pivot en Afrique centrale : carrefour entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique équatoriale, plate-forme logistique pour le commerce maritime (port de Douala) et zone d’influence dans les grands corridors économiques.
Une crise prolongée fragiliserait non seulement l’État lui-même, mais menacerait des réseaux de transport, d’exportation de matières premières et des chaînes d’approvisionnement régionales.
De plus, la détérioration des droits civiques compromettrait la crédibilité de l’État aux yeux des bailleurs internationaux, des institutions financières et des partenaires étrangers – un effet domino potentiellement lourd pour l’aide, les prêts et les investissements étrangers directs.
Vers un tournant : enquêtes, crédibilité, futures dynamiques
Comme l’a rappelé l’ONU : « les dirigeants politiques ainsi que leurs partisans doivent s’abstenir de toute violence et de tout discours de haine ». Si les autorités camerounaises acceptent un véritable dialogue national, accompagnées d’enquêtes transparentes et d’un engagement à réformer les institutions, la crise pourrait déboucher sur un rééquilibrage.
Sinon, le pays risque de s’enfoncer dans un cycle de tensions – dangereux pour sa stabilité, son attractivité économique, et son rôle stratégique régional. Ce moment crucial pourrait bien déterminer si le Cameroun reste un acteur stable en Afrique centrale, ou bascule dans l’instabilité, avec toutes les conséquences géopolitiques, économiques et sécuritaires que cela implique.