Entre légalité constitutionnelle et malaise démocratique, un calendrier électoral sous tension
Au Cameroun, le report des élections législatives et municipales suscite interrogations et débats. Le président Paul Biya a évoqué des « contraintes impérieuses » pour justifier ce décalage, sans en préciser clairement la nature. Financières, sécuritaires, institutionnelles ou politiques ? Le flou alimente les interprétations et nourrit la controverse.
Officiellement, il s’agirait d’un « léger réajustement » du calendrier. Une source proche du gouvernement appelle à la « patience », assurant que les précisions seront apportées lors de la session parlementaire de mars, avec le dépôt d’un projet de loi prorogeant le mandat des élus.
Le Conseil constitutionnel du Cameroun serait consulté. Juridiquement, la prorogation reste possible : les textes autorisent une extension du mandat, dans certaines limites, notamment un plafond de 18 mois pour les conseillers municipaux.
Quelles contraintes réelles ?
Sur le plan financier, l’organisation simultanée de scrutins peut représenter une charge lourde pour l’État, dans un contexte budgétaire contraint. Sur le plan sécuritaire, les tensions persistantes dans les régions anglophones et les menaces liées à l’extrémisme violent dans l’Extrême-Nord pourraient constituer des arguments recevables.
Mais l’hypothèse politique est largement évoquée. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, serait traversé par des dissensions internes et une défiance d’une partie de sa base envers le comité central. Selon l’analyste Hilaire Kamga, ce report traduirait un embarras stratégique : le parti présidentiel ne serait pas encore prêt à afficher un front uni pour conserver sa majorité parlementaire et municipale.
À qui profite le report ?
À court terme, le pouvoir en place semble bénéficier d’un délai supplémentaire pour consolider ses positions, arbitrer les investitures et gérer les équilibres internes. L’opposition, en revanche, se retrouve sans échéance précise pour mobiliser et structurer ses campagnes.
Pour Patricia Tomaïno Ndam Njoya, maire UDC de Foumban et candidate classée sixième à la présidentielle d’octobre 2025, cette décision illustre la « mauvaise santé de la démocratie » camerounaise. Elle dénonce une « manipulation » du calendrier électoral et appelle, comme d’autres acteurs politiques et de la société civile, à une réforme du code électoral.
Avantages et inconvénients
Parmi les avantages avancés : un temps supplémentaire pour sécuriser le processus, clarifier les listes électorales et stabiliser le climat politique. Mais les inconvénients sont notables : érosion de la confiance citoyenne, incertitude pour les partis concurrents et risque d’image à l’international.
Si la prorogation demeure légale, la question centrale reste celle de la crédibilité démocratique. Entre nécessité technique et calcul politique, le report place le Cameroun face à un défi majeur : préserver la stabilité sans fragiliser davantage la confiance dans ses institutions.