Cameroun : l’école publique en perte de vitesse face au privé, un défi pour l’Afrique centrale

La crise de l’école publique camerounaise est également territoriale. Les régions septentrionales restent confrontées à une sous-scolarisation chronique, aggravée par la pauvreté et l’éloignement des infrastructures.

Alors que de plus en plus de familles camerounaises tournent le dos à l’école publique au profit du privé, les syndicats de l’éducation tirent la sonnette d’alarme.

Derrière ce choix parental se dessine une crise structurelle qui dépasse les frontières nationales et interroge l’avenir des systèmes éducatifs en Afrique centrale.

Une défiance croissante des familles

Au Cameroun, l’école publique, longtemps considérée comme un ascenseur social, traverse une zone de fortes turbulences. Classes surchargées — parfois près de cent élèves par salle —, infrastructures délabrées, pénurie d’enseignants qualifiés, notamment en zones rurales : le diagnostic est largement partagé.

À cela s’ajoute une contradiction persistante : malgré la gratuité officiellement proclamée de l’enseignement primaire, les frais d’APEE continuent de peser sur les ménages, sans amélioration perceptible de la qualité des apprentissages.

Dans ce contexte, les écoles privées, souvent perçues comme plus disciplinées, mieux encadrées et plus performantes, attirent une part croissante des classes moyennes urbaines.

Ce mouvement accentue la segmentation sociale du système éducatif, où la qualité de l’enseignement devient de plus en plus corrélée au niveau de revenu des familles.

Des fractures territoriales et sécuritaires profondes

La crise de l’école publique camerounaise est également territoriale. Les régions septentrionales restent confrontées à une sous-scolarisation chronique, aggravée par la pauvreté et l’éloignement des infrastructures.

Dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, le conflit armé séparatiste a désorganisé durablement l’offre éducative : écoles fermées, enseignants déplacés, élèves déscolarisés pendant plusieurs années.

Ces dynamiques fragilisent l’objectif d’une éducation inclusive et universelle, pourtant inscrit dans les engagements internationaux du Cameroun.

Les syndicats montent au créneau

Face à cette situation, les syndicats de l’éducation haussent le ton. Pour Thobie Emmanuel Mbassi Ondoa, secrétaire général de la Fédération camerounaise des syndicats de l’éducation, la crise actuelle est aussi le produit de choix macroéconomiques;

Selon lui,  : « le Cameroun a pris des engagements internationaux pour renforcer son système éducatif. Mais l’école publique reste prisonnière de politiques d’austérité dictées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Or, un système éducatif affaibli ne peut être ni inclusif ni résilient face aux crises » l.

Au cœur des revendications syndicales : la revalorisation des salaires, la stabilisation des carrières, le recrutement massif d’enseignants et l’amélioration des conditions de travail. Les syndicats cherchent désormais à élargir leur plaidoyer à l’ensemble de la société civile pour peser sur les décisions publiques.

Un malaise partagé en Afrique centrale

Le cas camerounais n’est pas isolé. En République démocratique du Congo, la gratuité de l’enseignement primaire, proclamée en 2019, peine à se traduire pleinement sur le terrain, faute de financements suffisants et de prise en charge adéquate des enseignants.

Au Gabon et en République du Congo, la coexistence d’un secteur public sous-doté et d’un privé en expansion accentue les inégalités éducatives. En Centrafrique et au Tchad, les crises sécuritaires et humanitaires compromettent durablement l’accès à l’école.

Dans l’ensemble de la sous-région, les systèmes éducatifs restent fortement dépendants des financements extérieurs, tandis que la pression démographique accroît la demande scolaire plus vite que les capacités de réponse des États.

Quel avenir pour l’école publique ?

La montée en puissance du privé n’est pas en soi un phénomène négatif. Elle peut constituer un complément à l’offre publique. Mais lorsque l’école publique s’affaiblit durablement, c’est la cohésion sociale et la formation du capital humain qui sont menacées.

Pour de nombreux experts, la relance de l’école publique en Afrique centrale passe par un réinvestissement budgétaire clair, une meilleure gouvernance des systèmes éducatifs et une rupture avec les logiques d’ajustement qui sacrifient les secteurs sociaux.

À défaut, le risque est grand de voir se consolider une éducation à deux vitesses, incompatible avec les ambitions de développement et de stabilité à long terme.

L’école publique, pilier historique de la construction nationale, reste ainsi à la croisée des chemins : soit elle est réhabilitée comme bien commun stratégique, soit elle cède progressivement la place à un modèle éducatif profondément inégalitaire.

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