Cameroun – Régionales du 30 novembre : Un scrutin sous tension dans l’ombre de la présidentielle contestée.

L'élection des conseillers régionaux revêt pourtant des enjeux politiques majeurs

À peine un mois après la proclamation des résultats de la présidentielle, les Camerounais replongent dans une nouvelle bataille électorale.

Officiellement technique, l’élection des conseillers régionaux revêt pourtant des enjeux politiques majeurs, sur fond de contestation persistante et de recomposition silencieuse du paysage partisan. Réuni en session de plein droit le 28 septembre à Yaoundé, le Conseil électoral d’Elections Cameroon (ELECAM) a arrêté la liste des candidats aux élections régionales du 30 novembre 2025. Pour cette deuxième élection régionale de l’histoire du Cameroun, deux catégories de candidats sont en lice :

• Les délégués des départements ;

• Les représentants du commandement traditionnel.

Dans la première catégorie, 75 listes ont été validées pour la catégorie des délégués des départements, tandis que dans la seconde, ELECAM a retenu 91 listes de représentants du commandement traditionnel, confirmant la forte mobilisation des chefs traditionnels, dont le rôle reste stratégique dans la gouvernance locale et la médiation communautaire. Sans surprise, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) aligne une liste dans chacun des 58 départements, confirmant son implantation territoriale totale. Autour de lui, huit autres partis tentent de se frayer une place dans un espace électoral verrouillé :

• UDC : 1 liste dans le Noun

• UMS : 1 liste dans le Haut-Nkam

• FSNC d’Issa Tchiroma : 3 listes (Vina, Bénoué, Mayo-Louti)

• FPD : 1 liste dans le Mayo-Louti

• BRIC : 2 listes (Mfoundi, Méfou-et-Akono)

• PCRN de Cabral Libii : 1 liste dans le Nyong-et-Kéllé

• Parti Univers : 1 liste dans le Nyong-et-So’o

• UNDP : 7 listes (Vina, Mayo-Tsanaga, Mayo-Louti, Djérem, Faro-et-Déo, Mayo-Banyo, Mbéré)

En surface, un pluralisme relatif ; en profondeur, une bataille où les marges de manœuvre de l’opposition restent étroites, car les seuls électeurs sont les conseillers municipaux et les chefs traditionnels, deux corps électoraux dont l’ancrage politique favorise largement le parti au pouvoir.

Le RDPC, arbitre et joueur : une avance structurelle

Les régionales camerounaises ont ceci de particulier que l’électeur n’est pas le citoyen lambda, mais le conseiller municipal et le chef traditionnel. Deux catégories d’acteurs locaux souvent inscrites dans les logiques disciplinaires du parti majoritaire. Avec plus de 85 % des communes contrôlées par le RDPC, et un contrôle historique des réseaux de commandement traditionnel, le scrutin s’annonce mécaniquement favorable au parti présidentiel.

Pour de nombreux observateurs, la question n’est donc pas de savoir si le RDPC conservera sa mainmise sur les exécutifs régionaux, mais dans quelles proportions. Cependant, cette domination ne signifie pas absence d’enjeu. Au-delà des sièges, c’est la légitimité du processus, la stabilité politique et la configuration post-crise qui sont en jeu.

Un contexte politique empoisonné par la contestation

La présidentielle du 12 octobre a laissé un pays fracturé. Paul Biya, crédité de 53,66 % des voix, a été déclaré vainqueur par le Conseil Constitutionnel. Mais son principal challenger, Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième, a rejeté les résultats, dénonçant fraudes et irrégularités, avant de trouver refuge d’abord au Nigéria, ensuite en Gambie.

Depuis, la contestation reste vive dans les esprits, en dépit de la tournée d’apaisement menée récemment par le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji, dans les zones où les tensions ont été les plus fortes. Si l’ordre public semble restauré, les plaies politiques, elles, restent ouvertes. Dans ce climat encore chargé, les régionales deviennent plus qu’un simple scrutin local : Un test de stabilité; Un révélateur de loyautés; Un indicateur de la capacité du gouvernement à reprendre le contrôle du récit politique.

Les enjeux réels : recomposition, légitimation et signaux politiques

La Légitimation du pouvoir et la restauration d’une dynamique institutionnelle focalisent l’attention de plus d’un observateurPour le camp présidentiel, ces régionales doivent envoyer un signal de continuité institutionnelle après les turbulences post-présidentielles. Une large victoire — très probable — renforcerait l’image d’un pays« revenu à la normale ».

Par ailleursla survie politique des partis challengersn’est pas à ignorer. Le FSNC de Issa Tchiroma Bakary, L’UNDP de Bello Bouba Maigari, le PCRN de Cabral Libii, L’UDC d’Adamou Ndam Njoya, BRIC, le Parti Univers… entendent saisir cette opportunité pour jouerleur crédibilité future. Même si le terrain est inégal, obtenir une région, ou même un nombre symbolique de conseillers, pourrait leur permettre de rester visibles dans un paysage hypercentralisé en attendant les élections municipales et législatives prévues en mars 2026. Pour le FSNC de Tchiroma, le paradoxe demeure :participer à un processus qu’il conteste nationalement, tout en cherchant à préserver ses bastions du Nord.

RégionChef-lieuPopulation
(2020)
Proportion
francophones /anglophones
Superficie
(km²)
Extrême-Nord
Nord
Adamaoua
Maroua
Garoua
Ngaoundéré
3 111 792
1 687 859
   884 289
30 %
30%
30%
  34 246
  65 576
  63 691
Nord-Ouest (anglophone)
Sud-Ouest  (anglophone)
Ouest
Littoral
Bamenda
Buea
Bafoussam
Douala
1 728 953
1 318 079
1 720 047
2 510 283
66 %
75 %
75 %
88%
  17 810
  24 471
  13 872
  20 239
Centre
Est
Sud
Yaoundé
Beroua
Ebolowa
3 098 044
   771 755
   634 855
88 %
70 %
88 %
  68 926
109 011
  47 110

Il convient cependant de noter que les régionales sont aussi une scène de redistribution des cartes : qui monte ? qui s’installe ? qui s’efface ? le terrain s’avère propice à la reconfiguration silencieuse des élites locales. Avec les régions en place depuis 2020, les exécutifs régionaux sont devenus des espaces de pouvoir, d’influence et de ressources. Le RDPC y observe, ajuste, sanctionne et repositionne.

En fin, les régionales du 30 novembre prochain constitue un nouveau test de la Décentralisation ; quatre ans après leur installation, les régions peinent toujours à convaincre. Et ce scrutin permettra d’évaluer la capacité du système à produire des élites locales prêtes à accélérer le processus de décentralisation … ou à la maintenir dans un état semi-fonctionnel.

Lapaisement ou l’enlisement après le 30 novembre ? 

Deux cas de figure se profilent :

1 : Normalisation politique contrôlée

Les régionales se déroulent sans incident majeur, le RDPC consolide son hégémonie, l’opposition engrange quelques succès symboliques, et le gouvernement reprend l’initiative politique. Ce scénario renforcerait la façade de stabilité recherchée depuis la présidentielle.

2 : Résurgence de la contestation

Toute irrégularité – réelle ou perçue – pourrait rallumer les braises de la frustration post-présidentielle, surtout dans les zones où l’opposition se sent lésée. L’attitude d’Issa Tchiroma, bien qu’exilé hors du triangle national, demeure un facteur d’imprévisibilité.

Un scrutin local, des implications nationales 

L’élection des conseillers régionaux du 30 novembre n’est pas un simple moment administratif. Elle est un test politique, un thermomètre de la cohésion nationale, et un révélateur des rapports de force après une présidentielle contestée. Dans un pays où le pouvoir se joue autant dans les urnes que dans la gestion de la stabilité, les régionales 2025 montrent une chose : Le Cameroun avancemais sous tension. Et chaque élection, même locale, devient un chapitre du combat pour la légitimité. 

                                                                                   

Simon Emmanuel Minyemb

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