Malgré une hausse historique des dépenses, Yaoundé doit trouver plus de 3 100 milliards FCFA pour éviter l’asphyxie financière.
Le projet de budget 2026 du Cameroun, présenté fin novembre, révèle un pays partagé entre volonté d’investissement massif et risque croissant de vulnérabilité financière. Avec 8 816,4 milliards FCFA, en hausse de 14 % par rapport à 2025, l’État entend moderniser ses infrastructures, soutenir la production locale et répondre aux priorités sociales. Mais
cette ambition se heurte à un déficit aggravé et à des besoins de financement dépassant 3 100 milliards FCFA, dans un contexte de pression extérieure et de remboursements imminents envers le FMI. Le budget comprend un fonds spécial pour l’émancipation économique des femmes et l’emploi des jeunes, porté à 132,5 milliards FCFA, ainsi qu’un niveau inédit d’investissements publics, équivalant à 22,8 % de l’enveloppe totale.
Les autorités y voient la continuité du Plan national de développement 2030, dont l’objectif est de « construire un Cameroun émergent fondé sur la modernisation et l’efficacité de l’État ».
Une dépendance accrue aux emprunts
Cette expansion budgétaire creuse néanmoins le déficit, porté à 631 milliards FCFA, soit le double de 2025. Pour le combler, le gouvernement prévoit un recours massif aux emprunts :
- 1 000 milliards FCFA d’emprunts extérieurs
- 826,7 milliards en prêts projets
- 589,7 milliards de financements bancaires
- 400 milliards d’émissions de titres publics
- Et divers financements exceptionnels.
Cette stratégie d’endettement rapproche le pays des limites fixées par le pacte de convergence de la CEMAC, qui impose un plafond de 70 % du PIB. À septembre 2025, le Cameroun affichait un ratio de 43,9 %, mais la tendance est orientée à la hausse.
La lourde contrainte du FMI
À partir de 2026, Yaoundé devra également rembourser 573 milliards FCFA au FMI, dans le cadre du programme 2021-2025. Une échéance lourde qui renforce la nécessité de sécuriser des financements externes sans compromettre la crédibilité du pays. « Vous ne payez pas la dette extérieure, vous êtes blacklisté », a rappelé le ministre des Finances Louis-Paul Motaze, avertissant que « 2026 sera une année extrêmement difficile ».
Un pari fiscal et politique
Le gouvernement compte sur l’élargissement de l’assiette fiscale et la performance des secteurs non pétroliers – moins volatils mais limités – pour couvrir ses engagements. Le défi réside désormais dans la capacité à mobiliser les ressources, réduire les tensions budgétaires, et maintenir la viabilité de la dette sans sacrifier les ambitions de développement.
Un équilibre fragile, qui déterminera la stabilité macroéconomique du pays en 2026.