Face à l’érosion des réserves de change dans la Cemac, la banque centrale relève ses taux directeurs afin de préserver la stabilité monétaire, au risque de freiner davantage la croissance.
La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a de nouveau durci sa politique monétaire en relevant ses principaux taux directeurs lors de sa session du 15 décembre 2025 à Yaoundé. Une décision technique en apparence, mais aux implications régionales et géopolitiques majeures pour la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), confrontée à une dégradation progressive de sa couverture extérieure et à des vulnérabilités structurelles persistantes.
Le taux d’intérêt des appels d’offres est passé de 4,50 % à 4,75 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal a été relevé de 6,00 % à 6,25 %. L’objectif affiché est clair : contenir l’érosion des réserves de change et préserver la crédibilité du franc CFA, alors que celles-ci devraient reculer à 4,2 mois d’importations en 2025 contre 4,9 mois un an plus tôt. Dans une zone monétaire arrimée à l’euro, la discipline macroéconomique reste un impératif stratégique autant qu’économique.
Sur le plan géoéconomique, cette décision traduit la tension croissante entre stabilité monétaire et soutien à l’activité. La croissance régionale est attendue à seulement 2,4 % en 2025, un rythme insuffisant pour absorber la pression démographique et répondre aux besoins sociaux. Le resserrement du crédit qui pourrait en découler risque de peser sur l’investissement privé et le financement des économies, déjà dépendantes des secteurs extractifs et vulnérables aux chocs externes.
La dimension géopolitique n’est pas absente. Dans un contexte international marqué par le durcissement des conditions financières mondiales, la Cemac cherche à envoyer un signal de sérieux aux partenaires extérieurs, notamment au FMI et aux marchés. La défense de la parité du franc CFA demeure un enjeu de souveraineté monétaire partagée, mais aussi de stabilité régionale, dans une zone fragilisée par l’insécurité, les transitions politiques et la volatilité des recettes pétrolières.
En matière de gouvernance, la BEAC agit en pompier monétaire face aux faiblesses structurelles des États membres. La persistance des déficits budgétaires, la lenteur des réformes de diversification économique et la gestion inégale des finances publiques continuent de faire peser la charge de l’ajustement sur la politique monétaire. Or, celle-ci ne peut durablement se substituer à des réformes budgétaires et institutionnelles crédibles.
En relevant ses taux, la BEAC gagne du temps. Mais sans une amélioration coordonnée de la gouvernance économique, de l’intégration régionale et de la discipline budgétaire, la stabilité monétaire de la Cemac restera sous tension, exposée aux chocs externes et aux fragilités internes.