Centrafrique 2025 : un scrutin décisif entre aspirations démocratiques et risques d’embrasement régional

La Centrafrique entre dans une zone de turbulences déterminante

La Centrafrique entre dans une zone de turbulences déterminante. Le 28 décembre 2025, le pays organise des élections générales – présidentielle, législatives, régionales et municipales.

Un rendez-vous qui pourrait soit consolider un processus de paix fragile, soit réactiver les fault lines d’un État encore marqué par un cycle long de violences et d’ingérences. Le président sortant Faustin-Archange Touadéra, au pouvoir depuis 2016, se présente à nouveau, porté par la réforme constitutionnelle de 2023 qui a supprimé la limitation des mandats présidentiels.

Une décision controversée, interprétée par les oppositions comme un verrouillage institutionnel, mais présentée par le pouvoir comme une « nécessité de stabilité ».

Une opposition recomposée : sept candidatures validées, dont des poids lourds

(L’opposition centrafricaine)

Si le président sortant, Faustin-Archange Touadéra reste favori grâce à l’appareil d’État, il devra composer avec une opposition plus visible que lors des cycles précédents :

  • Anicet-Georges Dologuélé (URCA), ancien Premier ministre, figure historique de l’opposition, finalement autorisé à se présenter après plusieurs débats juridiques sur sa nationalité.
  • Henri-Marie Dondra (UNIR), ancien Premier ministre également, positionné sur une ligne modérée, capable de fédérer les élites administratives déçues.
  • Eddy Symphorien Kparekouti (PUR), Serge-Ghislain Djorie (CAPNCA), Marcelin Yalemende (indépendant) et Aristide Briand Reboas (PCD) : outsiders, mais qui introduisent de la complexité et témoignent du pluralisme résiduel.

Pourtant, le terrain réel reste asymétrique : contrôle étatique accru des institutions, médias sous pression, et une partie du territoire encore dominée par des groupes armés.

Une élection sous tension : sécurité dégradée et logistique incertaine

Avec 2,3 millions d’électeurs inscrits, dont près de 749 000 nouveaux, la mobilisation est réelle. Mais l’État doit faire face à un obstacle majeur : près de deux tiers du territoire est encore sous l’emprise de factions armées. Certaines zones risquent de demeurer inaccessibles, compromettant l’universalité du vote.

La MINUSCA, dont le mandat a été prolongé, demeure un pilier indispensable pour sécuriser les centres urbains, les routes et le déroulement global du scrutin. D’où une question centrale : comment garantir l’intégrité d’un vote dans un pays où l’État n’est pas pleinement souverain ?

Enjeux géoéconomiques et géostratégiques : la RCA, carrefour de toutes les convoitises

La Centrafrique possède des ressources hautement stratégiques : or, diamants, bois, terres rares. Elle constitue aussi un corridor indispensable entre l’Afrique de l’Ouest, la région des Grands Lacs et le bassin du Congo. Cette géographie explique l’intérêt de puissances régionales et extra-régionales.

Un scrutin crédible pourrait :

  • renforcer la confiance des bailleurs internationaux,
  • stabiliser les investissements miniers,
  • sécuriser les routes stratégiques,
  • favoriser une coopération régionale plus fluide.

À l’inverse, des résultats contestés pourraient :

  • déclencher de nouveaux déplacements humains,
  • encourager le retour de groupes rebelles,
  • fragiliser le climat régional,
  • ouvrir un espace d’influence à des acteurs extérieurs cherchant à redéfinir leurs positions en Afrique centrale.

Le précédent camerounais : un avertissement pour Bangui

L’expérience récente des processus électoraux au Cameroun, marqués par :

  • une concentration extrême du pouvoir exécutif,
  • une opposition fragmentée et parfois bridée,
  • de fortes contestations sur la transparence électorale,
  • une absence de renouvellement politique réel, sert d’avertissement régional.

À Yaoundé comme à Bangui, la tentation de légitimer le statu quo au nom de la stabilité peut produire l’effet inverse : accroître les frustrations, polariser le paysage politique, et alimenter un cycle de contestation durable.

La RCA, plus fragile que le Cameroun sur les plans sécuritaire et territorial, pourrait payer un prix encore plus lourd en cas de blocage politique post-électoral.

Un test régional décisif

L’élection du 28 décembre 2025 sera un tournant majeur. Avec des candidats comme Anicet-Georges Dologuélé ou Henri-Marie Dondra, l’alternative existe. Mais tout dépendra de la capacité du pouvoir à garantir un scrutin libre, transparent et sécurisé.

Plus qu’un vote national, c’est l’avenir de l’équilibre politique, économique et sécuritaire de toute l’Afrique centrale qui se joue à Bangui.

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