Changement climatique au Tchad : les « dunes mouvantes » qui menacent les dernières oasis du Sahel

À l’ouest du Tchad, dans la province désertique du Kanem, les oasis autrefois stables deviennent des territoires assiégés.

À l’ouest du Tchad, dans la province désertique du Kanem, les oasis autrefois stables deviennent des territoires assiégés.

Sous l’effet d’un climat qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, le sable progresse, les vents se renforcent et les points d’eau disparaissent. Kaou, oasis essentielle où vivent près de 500 familles, illustre ce front avancé du dérèglement climatique. « Sans cet oued, nous ne pouvons pas vivre », déplore Souleymane Issa, chef du village.

Autour de lui, les palmiers s’assèchent, les arbres tombent, les dunes avancent. Les habitants parlent désormais de « dunes mouvantes », une menace quotidienne qui engloutit jardins, canaux d’irrigation et habitations.

Sur le plan géopolitique, cette région située aux portes du Sahara forme un corridor stratégique vers la Libye. L’avancée du désert y provoque un exode massif, alimentant les flux migratoires vers le nord et renforçant les tensions régionales, notamment autour du massif du Tibesti, zone d’orpaillage, de trafics et de groupes armés.

La pression géoéconomique est tout aussi aiguë. L’économie locale repose presque entièrement sur les nappes phréatiques et les cultures vivrières. La disparition d’une oasis signifie la perte directe de terres fertiles dans un pays où 80 % de la population dépend de l’agriculture. Les oasis tchadiennes font partie des plus précieuses du Sahel : le Guardian rappelle que 150 millions de personnes dans le monde dépendent encore de ces écosystèmes.

Face à la crise, l’ONG SOS Sahel avait mis en place des digues anti-sable, modernisé les systèmes d’irrigation et introduit des semences plus résistantes. Les résultats étaient tangibles. « Nous cultivons des légumes que nous n’avions jamais goûtés auparavant », témoigne Hereta Abakar Issa, 43 ans, en consolidant une barrière de palmiers.

Mais l’espoir reste fragile : faute de financements, les activités de l’ONG ont cessé en 2023. Sans soutien extérieur, les villages du Kanem risquent d’être abandonnés. Beaucoup de jeunes hommes ont déjà fui vers les mines d’or du Tibesti, où « il fait très chaud, on ne mange pas beaucoup et les attaques sont fréquentes », raconte Omar Issa.

Kaou pourrait disparaître avant la prochaine décennie. Si les dunes gagnent, c’est tout un pan du Sahel humain, agricole et culturel qui sera balayé avec elles.

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