Congo : Dans les coulisses d’une puissance géomaritime émergente

Une perspective régionale : vers un nouvel équilibre dans le golfe de Guinée

Enquête sur les nouveaux enjeux géopolitiques, sécuritaires et stratégiques qui redessinent l’équilibre en Afrique centrale et dans le golfe de Guinée.

Le 9 décembre 2025, Brazzaville a offert un rare instant de transparence stratégique. Accueillant la Promotion 28 du Collège National de Défense du Kenya dans le cadre d’un voyage d’études, le Congo a dévoilé les rouages de son système de gouvernance maritime et fluviale – un domaine longtemps discret, mais désormais central pour les équilibres de l’Afrique centrale.
Au cœur de la démonstration : Éric Olivier Sébastien Dibas-Franck, secrétaire permanent du Comité interministériel de l’AEMEC, figure clé de l’architecture maritime congolaise. Devant une audience militaire rompue aux enjeux régionaux, il a exposé une vision structurée, ambitieuse, fondée sur un triptyque : sécurité- souveraineté – influence.

(Éric Olivier Sébastien Dibas-Franck, secrétaire permanent du Comité interministériel de l’AEMEC)

Une mer sous tension : l’autre front stratégique du Congo

Si l’on connaissait déjà les vulnérabilités terrestres de la région, la mer et les eaux continentales sont devenues le théâtre silencieux des nouvelles menaces hybrides :

  • Piraterie résiduelle dans le golfe de Guinée, désormais plus sporadique mais plus sophistiquée.
  • Trafic de carburant, aux ramifications transfrontalières, évalué par plusieurs organismes régionaux comme l’une des pertes fiscales les plus sévères pour les États côtiers.
  • Pêche INN (illégale, non déclarée et non réglementée), qui siphonne jusqu’à 35 % des stocks halieutiques selon des estimations croisées des institutions régionales.
  • Narcotrafic et flux criminels cherchant à contourner les dispositifs du Nigeria et du Ghana en se redéployant vers des zones réputées moins surveillées.
  • Cybermenaces maritimes, nouvelle frontière de confrontation entre acteurs étatiques et privés.

Face à cet environnement mouvant, l’AEMEC conçoit un système intégré de surveillance, combinant renseignement, partage d’informations, mobilisation multisectorielle et projection de la puissance publique dans les espaces maritimes et fluviaux.

L’Afrique centrale au bord d’une recomposition stratégique

L’analyse géopolitique présentée aux stagiaires kényans révèle un paysage régional plus complexe que jamais :

  • Le Cameroun, fragilisé par des tensions internes et une pression sécuritaire persistante, peine à maintenir son statut de pivot maritime.
  • Le Gabon, en transition politique, restructure ses outils de gouvernance maritime.
  • La Guinée équatoriale, en repositionnement diplomatique, cherche à monétiser davantage son espace maritime.
  • La RDC, géant continental sans façade atlantique significative, redouble d’intérêt pour les corridors fluviaux régionaux.

Dans ce contexte, le Congo s’affirme comme un stabilisateur de second rang, mais désormais incontournable, offrant une alternative crédible au leadership nigérian dans certains segments de coopération maritime.

L’intelligence économique au service de la souveraineté

L’intervention d’Eric Dibas-Franck a insisté sur un point capital : la maîtrise des flux maritimes n’est pas seulement une question de sécurité, mais une arme de développement. Le Congo, situé au cœur des corridors de transit régionaux, mise sur :

  • l’interopérabilité des systèmes de surveillance ;
  • la montée en capacité institutionnelle ;
  • la consolidation des partenariats stratégiques africains (CRESMAC, CEEAC, CEMAC) ;
  • l’attractivité d’investissements ciblés dans les infrastructures portuaires et fluviales.

La délégation kényane a vu dans cette approche un modèle d’intégration multi-agences, assorti d’une doctrine claire où le renseignement maritime devient la clé de voûte de la prévention.

Une perspective régionale : vers un nouvel équilibre dans le golfe de Guinée

(Carte du golfe de Guinée)

L’enquête met en lumière une conclusion majeure : le golfe de Guinée entre dans une nouvelle ère où la verticalisation des menaces impose une réponse collective plus structurée.

Le Congo, en renforçant l’AEMEC et en institutionnalisant ses partenariats, se positionne comme un acteur de stabilisation, prêt à jouer un rôle plus visible dans la sécurisation des corridors économiques, la lutte contre les flux illicites et la défense des intérêts stratégiques régionaux.

Plus qu’un simple échange institutionnel, la rencontre du 9 décembre 2025 aura révélé les contours d’un avenir géomaritime africain en pleine transformation, où l’État congolais entend désormais compter.

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