Cinq ans après leur mise en place, les conseils régionaux interrogent sur leur réelle capacité à impulser le développement local.
Mis en place depuis les régionales de 2020, les conseils régionaux constituent un dispositif clé de la décentralisation qui reste encore fragile ; étaient censés accélérer la décentralisation, rapprocher l’État du citoyen et améliorer la planification territoriale. Dans les faits, leur première mandature a révélé des avancées limitées, freinées par :
• Une autonomie financière très restreinte,
• Un transfert de compétences incomplet,
• Une forte tutelle administrative,
• Des marges d’action souvent absorbées par des questions protocolaires ou symboliques.
Sur le terrain, plusieurs régions ont lancé des initiatives en matière d’’aménagement local, de soutien aux activités communautaires ou encore d’appui aux chefferies traditionnelles. Mais ces actions sont restées fragmentées, peu visibles et rarement structurantes, sans réel impact sur le quotidien des populations. Le manque de ressources humaines qualifiées, de moyens techniques et d’espace décisionnel réel a limité l’impact attendu. Pour beaucoup de citoyens, la région est restée une institution lointaine, peu lisible, parfois redondante avec les communes et les services déconcentrés de l’État.
Un bilan en demi-teinte

Hon. Polycarpe BANLOG, Président du Conseil Régional du Littoral
Des budgets importants… pour quel rendement ?
Les conseils régionaux ont pourtant bénéficié de dotations financières croissantes, représentant plusieurs dizaines de milliards de FCFA sur la mandature 2021-2025. Une partie de l’opinion publique, ainsi que certains experts, soulève une question cruciale : Ces ressources n’auraient-elles pas été mieux gérées par les municipalités, mieux implantées, plus réactives et plus proches des besoins réels ?
Ce débat pas du tout nouveau mais de plus en plus récurrent s’appuie sur certains constats :
• Les communes disposent souvent de cadres plus expérimentés,
• Elles gèrent directement les services publics de proximité,
• Elles ont une meilleure connaissance fine des difficultés locales.
À l’inverse, beaucoup de régions se sont retrouvées à financer des projets symboliques, des actions protocolaires ou des programmes redondants.
Le vrai enjeu : rendre la région utile
La nouvelle mandature qui s’ouvre devra répondre à une question décisive : les conseils régionaux peuvent-ils devenir de véritables leviers de développement territorial, ou resteront-ils des structures intermédiaires faiblement opérationnelles ? Tout l’enjeu du scrutin du 30 novembre se joue ici : la capacité des nouvelles équipes à rendre la région pertinente, efficace, visible et indispensable dans l’architecture institutionnelle camerounaise.
Simon Emmanuel Minyem