Le contrat SGS est au cœur des enjeux géoéconomiques et des rivalités portuaires régionales
La clarification par le gouvernement camerounais du contrat liant l’État à la Société générale de surveillance (SGS) dépasse le simple débat juridique. Elle révèle des enjeux majeurs de gouvernance portuaire, de souveraineté économique et de compétitivité régionale, à l’heure où les ports d’Afrique centrale se livrent une concurrence stratégique accrue.
Le ministre des Transports, Jean Ernest Ngalle Bibehe, a confirmé la tenue, le 28 janvier, d’une réunion intergouvernementale aux services du Premier ministre, Joseph Dion Ngute, consacrée au contrat entre l’État camerounais et SGS. Cette rencontre visait à lever les ambiguïtés entourant la durée et les modalités d’exécution d’un contrat clé pour les opérations de contrôle et de facilitation du commerce au Port autonome de Douala (PAD).
Selon le ministre, le contrat signé avec SGS est conclu pour une durée de dix ans, mais son point de départ ne correspond pas à la date de signature initiale. « Il est prévu que la mise en exploitation effective débute lorsqu’on a installé le quatrième conteneur. Or ce quatrième conteneur a été installé en 2022. C’est à partir de cette date que l’on peut compter les dix ans », a expliqué Jean Ernest Ngalle Bibehe. En conséquence, le contrat court jusqu’en 2032.
Cette interprétation est partagée par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, qui considère que le contrat est toujours en vigueur. Toutefois, le chef du gouvernement a tenu à rappeler un principe fondamental de gouvernance publique : « le contrat signé par le gouvernement doit être résilié par le gouvernement ». Autrement dit, toute modification substantielle ou résiliation relève exclusivement de l’exécutif central.
Cette précision intervient dans un contexte de tensions autour de l’éventuelle intégration d’un autre opérateur, notamment la société TransAtlantic. Le ministre des Transports a été catégorique : « quand bien même il y aurait une modification à apporter, il ne revient pas au Port autonome de Douala de signer avec un autre opérateur ».
Le PAD doit transmettre ses propositions à sa tutelle technique et financière, lesquelles les soumettent ensuite au Premier ministre pour arbitrage et validation. Au-delà de l’aspect contractuel, le dossier SGS s’inscrit dans une bataille géoéconomique plus large. Le Port de Douala–Bonabéri, principal hub maritime du Cameroun, fait face à une concurrence croissante des ports de Kribi, de Pointe-Noire (Congo), de Libreville (Gabon) ou encore de Lagos (Nigeria).
Dans cette configuration régionale, la performance logistique, la transparence des contrôles et la sécurité des chaînes d’approvisionnement deviennent des facteurs déterminants d’attractivité. La gestion des contrats stratégiques portuaires est donc indissociable des ambitions du Cameroun en matière de commerce extérieur et d’intégration régionale.
Une instabilité contractuelle ou une gouvernance fragmentée risqueraient de fragiliser la crédibilité du port de Douala auprès des armateurs, des investisseurs et des partenaires commerciaux internationaux. En réaffirmant le rôle central de l’État dans la conduite et l’évolution du contrat SGS, le gouvernement camerounais cherche ainsi à restaurer la cohérence institutionnelle et à sécuriser un actif stratégique.
Dans un contexte de rivalités portuaires exacerbées en Afrique centrale et de recomposition des routes commerciales, le dossier SGS apparaît comme un test de gouvernance économique et de souveraineté logistique pour le Cameroun.