À la COP 30, qui s’est ouverte à Belém, au Brésil, l’Afrique centrale s’impose comme un acteur clé d’un nouvel ordre climatique mondial.
Le bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie, devient l’un des terrains les plus disputés de la diplomatie environnementale. Derrière les discours sur la justice climatique se joue une bataille d’influence, de souveraineté et de puissance économique.
Le bassin du Congo, un actif stratégique mondial
S’étendant sur six pays – de la République démocratique du Congo (RDC) au Cameroun, en passant par le Gabon et le Congo-Brazzaville – le bassin du Congo capte près de 80 milliards de tonnes de CO₂, soit plus que toutes les forêts tropicales d’Asie réunies. Cette capacité de stockage du carbone place la région au cœur des négociations climatiques.

Mais sa richesse ne se limite pas à la forêt : le sous-sol recèle des minerais critiques – cobalt, lithium, cuivre, coltan – indispensables à la transition énergétique mondiale. Pour Kinshasa et Brazzaville, l’enjeu est clair : faire de ces ressources une arme de négociation et un levier de développement intégré. « Nous refusons d’être les jardiniers du monde sans en récolter les fruits », a martelé Félix Tshisekedi à Belém, rappelant que moins de 15 % des financements climatiques promis par les pays du Nord atteignent effectivement l’Afrique.
Une diplomatie verte en quête d’autonomie
Sous l’impulsion de la Commission de l’Union africaine, l’Afrique défend un agenda climatique unifié : 30 % des financements mondiaux pour les initiatives africaines, un marché continental du carbone arrimé à la ZLECAf, et des partenariats équitables sur la gestion des ressources naturelles.

Le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, a averti : « Dix ans après l’Accord de Paris, le fossé entre promesses et réalisations reste béant. Les nations du Nord doivent désormais payer le juste prix du carbone africain ». Derrière cette revendication, se profile un changement de paradigme : le climat devient pour l’Afrique un outil de souveraineté et d’influence géoéconomique.
Cameroun : entre diplomatie forestière et intelligence économique
Au carrefour du Sahel et du bassin du Congo, le Cameroun incarne cette diplomatie d’équilibre. Yaoundé mise sur la forêt comme monnaie verte et sur la valorisation économique du carbone via des marchés régionaux intégrés. Le pays veut devenir un hub des crédits carbone africains, tout en modernisant ses ports et ses corridors logistiques – de Douala à Brazzaville et Bangui – pour faciliter le commerce vert intra-africain.

« Notre stratégie repose sur une souveraineté écologique, pas sur la dépendance à l’aide internationale », confie un conseiller du ministère camerounais de l’Économie. Le secteur privé n’est pas en reste : plusieurs start-up locales développent des technologies de traçabilité des forêts et d’évaluation du carbone, symbole d’une intelligence économique verte en pleine émergence.
Un nouveau terrain de compétition globale
Si les États-Unis et l’Union européenne tentent de regagner la confiance du continent avec de nouvelles offres de partenariat climatique, la Chine et la Russie avancent leurs pions. Pékin finance des infrastructures forestières et minières, Moscou propose un soutien sécuritaire pour « stabiliser » les zones riches en ressources.
Le climat devient ainsi le prolongement d’une guerre économique où se croisent diplomatie, ressources et influence. Pour l’Afrique centrale, la bataille de Belém dépasse la seule question du carbone : elle engage son avenir industriel et politique.
Comme le résume un diplomate africain : « L’Afrique n’est plus un terrain d’aide, mais un acteur de puissance. La forêt est notre OPEP verte, notre monnaie d’avenir ».
