L’investiture d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat le 8 décembre 2025 marque bien plus qu’un changement de page.
Elle s’inscrit dans un contexte régional, économique et géostratégique déterminant pour la stabilité de la Côte d’Ivoire, son attractivité pour les investisseurs et sa place dans les équilibres ouest-africains.
Croissance, restructuration et défis de la dette
Depuis plus d’une décennie, la Côte d’Ivoire affiche l’un des rythmes de croissance les plus solides d’Afrique sub-saharienne. Le PIB réel a progressé en moyenne à près de 6 % en 2024, avec des perspectives à 6,5–7 % pour 2025-2027.
Cette dynamique repose sur une économie diversifiée – agriculture (cacao, noix de cajou), industrie, services – et sur des investissements publics et privés massifs. Par ailleurs, le pays a réussi à obtenir des financements internationaux par le biais d’Eurobonds récents – preuve de la confiance des marchés étrangers.
Mais cet élan macroéconomique s’accompagne d’un endettement élevé : la dette publique atteignait 59,3 % du PIB en 2024, contre 56 % en 2022, une hausse principalement liée au recours aux emprunts extérieurs pour financer les infrastructures. Pour 2025, 26 % du budget national est consacré au service de la dette.
Investissements étrangers, ambitions stratégiques et dépendances
La réélection de Ouattara est perçue par de nombreux investisseurs comme un signal de continuité politique, ce qui renforce l’attrait pour les IDE (investissements directs étrangers), notamment dans les secteurs agricole, énergétique, des infrastructures et de la transformation locale.
La diversification économique, soutenue par des projets dans les hydrocarbures, l’or et l’agro-industrie, vise à réduire la dépendance aux chocolats brut (cacao) et à renforcer la valeur ajoutée locale.
Cependant, le contexte reste fragile : les disparités régionales – entre l’ouest riche et le nord moins développé -, la pauvreté encore élevée chez de larges franges de la population, et les différences d’accès aux infrastructures menacent la cohésion sociale et limitent le potentiel de croissance inclusive.
Moteur régionale et rôle pivot de la Côte d’Ivoire
Avec sa taille, son dynamisme économique et son poids démographique, la Côte d’Ivoire joue un rôle de moteur régional au sein de l’espace ouest-africain et de l’UEMOA. Une stabilité politique maintenue est donc essentielle non seulement pour Abidjan, mais pour l’équilibre des flux économiques, des investissements et des relations diplomatiques dans la région.
La continuation de Ouattara au pouvoir rassure les partenaires internationaux – bailleurs, investisseurs, institutions financières – quant à la pérennité des politiques de réformes, de partenariat public-privé, et d’ouverture aux capitaux étrangers. Cela peut renforcer l’attractivité de la Côte d’Ivoire face à des concurrents régionaux.
Les fragilités internes et les risques de fracture
Pour autant, le scénario n’est pas sans zones d’ombre : l’exclusion des principaux opposants à l’élection de 2025 a suscité des critiques, remettant en cause la légitimité du scrutin et fragilisant le pacte social.
Les tensions sociales, les inégalités persistantes, les défis d’emploi — notamment pour une jeunesse nombreuse — et la dépendance à des matières premières volatiles (cacao, or, pétrole) peuvent compromettre la trajectoire de développement. Les ambitions de transformation structurelle exigent une bonne gouvernance, une fiscalité plus juste, et une amélioration des services publics.
Un mandat à hauts enjeux
Le quatrième mandat d’Alassane Ouattara ouvre une nouvelle séquence stratégique pour la Côte d’Ivoire. Entre perspectives de croissance, attractivité internationale et repositionnement régional, le pays se présente comme un pôle économique incontournable de l’Afrique de l’Ouest.
Mais la concrétisation de ces ambitions dépendra de la capacité du pouvoir à gérer les déséquilibres internes, à assurer la transparence, et à utiliser l’endettement de façon productive – sans compromettre la stabilité macroéconomique et sociale.