Alors que l’Afrique de l’Est et australe bénéficie du programme SET4Jobs soutenu par la Banque mondiale, la question de l’emploi des jeunes se pose avec une intensité comparable en Afrique centrale.
La région, dominée par des économies fortement dépendantes des ressources naturelles, peine encore à absorber l’arrivée massive de jeunes sur le marché du travail.
Dans des pays comme la République démocratique du Congo, le Cameroun ou encore le Gabon, la croissance démographique reste élevée tandis que les économies formelles créent relativement peu d’emplois salariés.
Selon plusieurs analyses d’institutions internationales, plus de 70 % des jeunes actifs de la région travaillent dans l’économie informelle, souvent dans des activités à faible productivité.
Contrairement à l’Afrique de l’Est, où les initiatives régionales de formation commencent à se structurer, l’Afrique centrale souffre d’un déficit de coordination entre les politiques d’éducation, de formation professionnelle et les besoins du marché du travail.
Les systèmes éducatifs restent largement orientés vers les formations académiques classiques, alors que les secteurs à fort potentiel — agro-industrie, transformation des matières premières, économie numérique ou énergies renouvelables — nécessitent des compétences techniques spécifiques.
Cameroun : un enjeu stratégique pour la stabilité économique et sociale.
Au Cameroun, la question de l’emploi des jeunes est devenue l’un des enjeux majeurs de politique publique. Avec une population estimée à près de 28 millions d’habitants, dont plus de 60 % ont moins de 25 ans, le pays fait face à une pression démographique croissante sur son marché du travail.
Selon les estimations de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, plusieurs centaines de milliers de jeunes Camerounais arrivent chaque année sur le marché de l’emploi. Pourtant, l’économie formelle reste dominée par quelques secteurs clés — administration publique, commerce, agriculture et services — qui ne génèrent pas suffisamment d’emplois structurés.
Pour répondre à ce défi, les autorités camerounaises ont mis en place plusieurs programmes de formation et d’insertion professionnelle, notamment à travers le Fonds national de l’emploi et le Programme national de formation aux métiers. Ces dispositifs visent à renforcer les compétences techniques des jeunes et à faciliter leur insertion dans les secteurs productifs.
Cependant, les experts estiment que ces initiatives restent encore insuffisantes face à l’ampleur du défi démographique. Le tissu industriel du pays demeure relativement limité, et la majorité des jeunes se tourne vers l’auto-emploi ou l’entrepreneuriat informel.
Vers une approche régionale plus structurée ?
Dans ce contexte, plusieurs économistes plaident pour une stratégie régionale inspirée de programmes comme SET4Jobs.
Une coopération plus étroite entre les pays d’Afrique centrale, notamment au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, pourrait permettre de mutualiser les investissements dans la formation professionnelle, l’innovation et les infrastructures éducatives.
L’enjeu est de transformer la forte croissance démographique de la région en véritable dividende économique. Sans investissements massifs dans le capital humain et la création d’emplois productifs, cette dynamique démographique pourrait au contraire accentuer les tensions sociales et les déséquilibres économiques.
Pour le Cameroun comme pour l’ensemble de l’Afrique centrale, la formation des jeunes et leur insertion dans les secteurs économiques d’avenir apparaissent ainsi comme des conditions essentielles pour soutenir une croissance durable et inclusive.