L’ouverture des cours à l’École Nationale Supérieure Polytechnique – site d’Ilanga, inaugurée par le Ministre d’État Jacques Fame Ndongo, marque un tournant historique pour le Nyong-et-Kéllé.
Pour la première fois, ce département devenu symbole du retard structurel accueille un établissement universitaire, porteur d’espoir et de profondes mutations à venir.
Un lancement officiel qui change le destin d’un territoire

(Professeur Jacques Fame Ndongo, Ministre d’Etat, Minsup)
Le 08 décembre 2025, le Ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, Prof. Jacques Fame Ndongo, s’est rendu à Ilanga, localité située à une dizaine de kilomètres d’Eséka, pour marquer le démarrage officiel des cours sur le nouveau site de l’ENSPY, infrastructure généreusement mise à la disposition de la jeunesse par le Chef de l’État.
La cérémonie, fortement courue, a rassemblé autorités universitaires, administratives, politiques, traditionnelles, mais aussi une impressionnante vague d’étudiants venus de toutes les régions du pays.
La cérémonie à consacré l’ouverture effective d’un campus ultramoderne implanté sur 52 hectares, dont 11 sont déjà opérationnels. On y retrouve une salle de cours de 300 places, plusieurs salles annexes, des bureaux administratifs, un restaurant universitaire en développement, un forage d’eau potable et des laboratoires en cours d’équipement. Des aires de jeux sont également prévues, contribuant à créer un cadre propice à l’épanouissement des étudiants.
Le Ministre d’État, qui a pris part à un cours d’informatique, a salué la dynamique pédagogique et l’engagement des équipes sur le terrain.Côté hébergement, 240 chambres sont déjà disponibles.
Eséka, soudain propulsée ville universitaire
L’installation de l’ENSPY fait d’Eséka la première ville universitaire du Nyong-et-Kéllé, département à vocation agro-pastorale longtemps laissé en marge du développement national.
Cette présence académique constitue un événement inédit, porteur d’une profonde transformation économique, sociale et symbolique. Elle place Eséka sur la carte des villes capables d’attirer, de former et de retenir une population estudiantine dynamique, avec tout ce que cela implique en matière d’activités nouvelles, de services, de logements, de culture et de mobilité. L’université, véritable moteur urbain, donne à la ville une chance historique de sortir d’un sous-développement endémique.
Pour le MINESUP, il s’agit d’un « cadeau à la jeunesse camerounaise », une réponse concrète à la demande croissante de formation technique et scientifique. À l’heure où le pays ambitionne de s’industrialiser, les ingénieurs formés à Ilanga seront appelés à jouer un rôle clé dans les projets structurants à venir.

Avec cette nouvelle implantation, Eséka emboite le pas à Edéa qui a également ouvert ses portes en septembre dernier ; par ailleurs, le Cameroun, franchit un cap dans la diversification de son paysage universitaire. Mais le défi reste immense : assurer la qualité des enseignements, maintenir les équipements, garantir un environnement académique stimulant. Ilanga ne doit pas être un simple symbole, mais un véritable centre de production de savoir et d’innovation. En misant sur l’éducation, le gouvernement entend investir dans l’avenir. Et à Ilanga, cet avenir commence maintenant.
L’arrivée massive des étudiants révèle un territoire longtemps fragilisé. Eséka et le Nyong-et-Kéllé souffrent d’un déficit structurel quasi généralisé : enclavement routier persistant ; urbanisme dégradé et insalubrité ; herbes envahissant l’espace urbain ; absence de centres de documentation, librairies, espaces de loisirs ou lieux culturels ; routes défoncées, habitats peu modernisés, marchés inadaptés ; véhicules vétustes sur l’axe Eséka–Boumyébel ;plateau technique insuffisant à l’Hôpital de District d’Eséka ; rareté des résidences pour enseignants et personnels.
Le défi est aussi sanitaire, organisationnel que commercial : pour accueillir convenablement une population étudiante, il faudra multiplier les centres de santé, moderniser les services, améliorer l’offre de restauration, réorganiser les transports et professionnaliser l’économie locale.
Changer les mentalités : un défi aussi important que les infrastructures
Au-delà des bâtiments, la transformation d’Eséka exige une évolution des comportements.
Les populations locales devront intégrer les réflexes d’une ville universitaire : gestion des déchets, entretien des espaces publics, ouverture aux nouveaux modes de consommation, adaptation aux rythmes étudiants, dynamisation du commerce, accueil d’une population jeune et diverse. Cette dimension culturelle et comportementale sera l’un des enjeux les plus délicats.

(1er cours d’nformatique)
Entre héritage éducatif et renaissance annoncée
Il faut tout de mémé reconnaitre queLe Nyong-et-Kéllé n’est pas étranger à la tradition éducative. Le Collège Sacré-Cœur de Makak (COSACO) , créé avant l’indépendance, a longtemps représenté l’excellence dans la région et au Cameroun.L’arrivée de l’ENSPY vient réactiver cette mémoire, tout en projetant Eséka dans une nouvelle ère.La question demeure : l’État parviendra-t-il à relever l’ensemble de ces défis ?Si la route est longue, l’implantation de l’ENSPY–Ilanga arrive à point nommé. Elle ravive l’espoir, redonne de la vigueur à un territoire oublié et ouvre la voie à un développement structurel, organisationnel et culturel d’envergure.Pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, Eséka peut envisager un futur où sa gare ferroviaire ne sera plus l’unique espace animé de la ville.La jeunesse qui afflue aujourd’hui pourrait bien être le socle de cette renaissance attendue.
Simon Emmanuel MINYEM