La finale chaotique de la CAN 2025 entre le Sénégal et le Maroc, au-delà du sacre des Lions de la Teranga, agit comme un miroir brutal pour l’ensemble du football africain.
Pour le Cameroun, nation historique du ballon rond continental et futur candidat crédible à l’organisation de grandes compétitions, les enseignements sont multiples, à la fois sportifs, institutionnels, sécuritaires et stratégiques.
1. L’arbitrage et la VAR : un enjeu de crédibilité
L’épisode du but refusé puis du penalty tardif, mal géré dans la temporalité et la communication arbitrale, a été le déclencheur du chaos. Le Cameroun, souvent critique à l’égard de l’arbitrage africain, doit tirer une leçon claire : la maîtrise de la VAR ne relève plus du détail technique, mais de la stabilité de l’événement sportif.
Former des arbitres, mais aussi des officiels VAR, capables de gérer la pression d’un match à très haute intensité, est désormais un impératif stratégique.
2. Sécurité des stades : tolérance zéro
Les intrusions de supporters, les affrontements et la suspension prolongée du match constituent un échec sécuritaire majeur. Le Cameroun, marqué par le drame d’Olembé en 2022, sait le coût humain, politique et symbolique de telles défaillances.
La leçon est claire : la sécurité ne peut être sous-traitée ni improvisée, surtout dans des contextes émotionnels extrêmes (finale, pays hôte, décisions arbitrales contestées).
3. Leadership et gestion de crise : l’exemple Mané
Sadio Mané a incarné ce qui a manqué aux instances : le sang-froid, l’autorité morale, la responsabilité. En ramenant ses coéquipiers sur le terrain, il a sauvé la finale d’un abandon pur et simple.
Pour le Cameroun, souvent en proie à des tensions internes entre joueurs, staff et fédération, le message est fort : le leadership des cadres est un facteur de stabilité aussi décisif que la tactique.
4. Le football ne peut être otage du politique
La CAN 2025 rappelle combien les grandes compétitions africaines restent vulnérables aux pressions politiques, nationales et symboliques, notamment quand le pays hôte est en jeu.
Le Cameroun doit intégrer cette réalité dans sa diplomatie sportive : défendre l’autonomie des instances, protéger les arbitres, et sanctuariser le jeu contre les débordements extra-sportifs.
5. Excellence sportive et constance mentale
Sur le terrain, le Sénégal a gagné par discipline, profondeur de banc et maturité mentale. Pape Gueye, héros inattendu, illustre l’importance des joueurs de second rideau dans les grands rendez-vous.
Pour les Lions Indomptables, souvent dépendants de quelques individualités, la leçon est claire : une équipe qui gagne est une équipe complète, préparée à l’imprévu.
La finale Sénégal – Maroc restera dans les mémoires autant pour son chaos que pour son épilogue sportif. Pour le Cameroun, elle doit surtout servir d’alerte stratégique : le football moderne africain exige désormais gouvernance, sécurité, arbitrage crédible et leadership humain.
Sans cela, même les plus belles victoires risquent d’être éclipsées par le désordre.