FOCUS JTA – La Chine muscle son soft power en Afrique : le Cameroun au cœur de la stratégie culturelle de Pékin en Afrique centrale

Longtemps perçue en Afrique à travers le prisme des infrastructures, des prêts concessionnels et des grands chantiers, la Chine élargit désormais son registre d’influence.

Longtemps perçue en Afrique à travers le prisme des infrastructures, des prêts concessionnels et des grands chantiers, la Chine élargit désormais son registre d’influence.

Pékin investit de manière méthodique le champ du soft power, combinant diplomatie culturelle, formation des élites, médias, coopération éducative et narration stratégique. En Afrique centrale, et plus particulièrement au Cameroun, cette dynamique prend une ampleur croissante et structurée.

Du béton aux idées : une inflexion stratégique

La montée en puissance du soft power chinois répond à une double logique. D’une part, corriger l’image d’une Chine réduite à un partenaire économique « extractif ». D’autre part, consolider durablement son influence face aux puissances occidentales dans un contexte de compétition géopolitique accrue.

Pékin mise ainsi sur le « dialogue des civilisations », concept promu par le président Xi Jinping, qui valorise le respect des trajectoires nationales, la non-ingérence et le pluralisme des modèles politiques.

Cette approche trouve un écho particulier en Afrique centrale, région historiquement sensible aux discours sur la souveraineté et la stabilité étatique.

Le Cameroun, hub culturel et diplomatique régional

Au Cameroun, la stratégie chinoise s’appuie sur plusieurs leviers complémentaires. Le pays accueille deux Instituts Confucius (Université de Yaoundé II et Université de Douala), qui enseignent la langue et la culture chinoises à plusieurs milliers d’étudiants chaque année.

Le mandarin y est de plus en plus perçu comme un atout professionnel, notamment dans les secteurs du commerce, des télécommunications et des infrastructures.

Selon des sources universitaires, plus de 1 500 étudiants camerounais bénéficient chaque année de bourses chinoises, couvrant des formations en ingénierie, médecine, relations internationales, intelligence artificielle ou audiovisuel.

Pékin investit ainsi dans la formation d’élites africaines socialisées au modèle chinois, un pari de long terme sur l’influence future.

Audiovisuel, médias et narration stratégique

Le soft power chinois se déploie aussi dans l’espace médiatique. La China Global Television Network (CGTN Africa) et Xinhua renforcent leur présence, tandis que des accords de coopération audiovisuelle ont été signés avec des médias publics camerounais.

Des journalistes et techniciens bénéficient de formations en Chine, contribuant à diffuser une lecture des affaires internationales plus favorable à Pékin.

Dans un environnement informationnel marqué par la montée des réseaux sociaux et de la guerre des récits, la Chine cherche à contrebalancer les narratifs occidentaux, notamment sur les questions de gouvernance, de droits humains et de développement.

Culture, festivals et diplomatie populaire

La diplomatie culturelle chinoise s’exprime également à travers des festivals de cinéma, des semaines culturelles, des échanges artistiques et la promotion de la médecine traditionnelle chinoise. À Yaoundé et Douala, les événements culturels sino-camerounais attirent un public de plus en plus large, notamment parmi les jeunes urbains.

Cette présence contribue à banaliser l’image de la Chine, la faisant passer d’un acteur lointain à un partenaire culturel familier.

Enjeux de souveraineté et de modèles

Cette montée en puissance du soft power chinois n’est toutefois pas sans susciter des interrogations. Certains observateurs s’inquiètent d’une asymétrie culturelle, où la diffusion des valeurs chinoises ne s’accompagne pas toujours d’une réciprocité équivalente pour les cultures africaines en Chine.

D’autres soulignent le risque d’une normalisation d’un modèle politique autoritaire, présenté comme compatible avec le développement économique.

Pour le Cameroun, l’enjeu est stratégique : tirer parti de cette coopération pour renforcer les compétences nationales, sans diluer sa capacité de choix, ni sa diversité de partenariats.

Une Afrique centrale terrain clé de la compétition d’influence

Face au relatif recul du soft power occidental en Afrique centrale, la Chine avance avec constance, patience et cohérence. Le Cameroun, par son poids démographique, sa stabilité relative et son rôle régional, constitue un laboratoire privilégié de cette diplomatie d’influence.

À moyen terme, la bataille ne se jouera pas seulement sur les routes, les barrages ou les ports, mais sur les idées, les imaginaires et les élites. Dans ce domaine, Pékin a clairement décidé de jouer à plein.

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