Face à un nouveau putsch, l’organisation ouest-africaine active l’arsenal régional de crise et dépêche une médiation de haut niveau.
La CEDEAO a annoncé la suspension immédiate de la Guinée-Bissau de toutes ses instances décisionnelles, après le coup d’État militaire survenu le 26 novembre 2025. La décision marque l’un des gestes les plus fermes de l’organisation depuis les coups d’État successifs qui ont ébranlé la région depuis 2020, de Bamako à Ouagadougou, en passant par Niamey.
Réuni en session extraordinaire, le Conseil de Médiation et de Sécurité (CMS) a exprimé une « profonde préoccupation » face à cette nouvelle rupture institutionnelle, survenue à peine trois jours après un scrutin présidentiel et législatif marqué par une forte participation. La CEDEAO condamne “avec la plus grande fermeté” la prise de pouvoir par les militaires et exige la publication immédiate des résultats par la Commission électorale.
Une ligne rouge franchie : la CEDEAO resserre son dispositif
La suspension intervient en application du Protocole de 2001 sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance, qui demeure le socle juridique de l’architecture sécuritaire ouest-africaine. L’organisation a également ordonné la libération sans délai des personnalités arrêtées, notamment des responsables électoraux.
L’institution rappelle que les auteurs du putsch sont “individuellement et collectivement responsables” de la sécurité des civils et des personnes détenues — une mise en garde qui pourrait ouvrir la voie à des sanctions ciblées.
Une médiation régionale de haut niveau
Pour éviter que la crise ne dégénère en conflit prolongé, la CEDEAO a mandaté une médiation conduite par Faure Gnassingbé (Togo), José Maria Pereira Neves (Cabo Verde) et Bassirou Diomaye Faye (Sénégal), accompagnés du président de la Commission.
Ce trio reflète l’équilibre géopolitique que cherche à maintenir l’organisation : un médiateur issu d’un pays continental, un autre d’un archipel lusophone, et une nouvelle figure politique ascendante en Afrique de l’Ouest — Faye — dont la diplomatie proactive marque un tournant.
Le Sénégal en première ligne
Dakar, voisin direct et puissance d’équilibre régionale, a joué un rôle déterminant dans l’exfiltration du président renversé Umaro Sissoco Embaló, arrivé sain et sauf au Sénégal jeudi soir. Le gouvernement sénégalais affirme être en contact avec l’ensemble des acteurs bissau-guinéens pour garantir la sécurité des détenus et des observateurs internationaux.
Le président Bassirou Diomaye Faye, qui s’affirme de plus en plus comme un acteur central de la diplomatie ouest-africaine, a insisté sur « la nécessité absolue de protéger les populations » et de restaurer un climat apaisé pour le processus électoral.
Un nouvel épisode d’instabilité dans un espace stratégique
Avec quatre coups d’État réussis depuis 1974 et une multitude de tentatives, la Guinée-Bissau reste l’un des maillons faibles de la sécurité ouest-africaine. Situé au croisement des flux politiques, commerciaux et criminels de la façade atlantique, le pays représente un point de fragilité majeur dans la lutte régionale contre les trafics et l’influence croissante des réseaux transnationaux.
La CEDEAO joue désormais sa crédibilité : après les départs du Mali, du Burkina Faso et du Niger de l’organisation, l’enjeu est d’éviter un nouvel effondrement institutionnel dans un espace où chaque coup d’État crée un précédent, et où l’équilibre politique régional n’a jamais été aussi sous tension.