Entre ambition diplomatique du continent et réalités géopolitiques du Conseil de sécurité.
La candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) dépasse largement une simple ambition personnelle. Elle s’inscrit dans une stratégie politique et diplomatique plus large : celle de l’Afrique qui cherche à renforcer son influence dans la gouvernance mondiale.
Soutenue par l’Union africaine (UA), à travers la présidence en exercice du Burundi dirigé par Évariste Ndayishimiye, cette candidature traduit une volonté continentale de corriger un déséquilibre historique. Depuis la création de l’ONU en 1945, un seul Africain a occupé ce poste : Boutros Boutros-Ghali entre 1992 et 1996.
Un levier diplomatique pour l’Afrique
Si Macky Sall accédait à la tête de l’ONU, l’Afrique pourrait bénéficier d’une visibilité accrue dans les grandes priorités internationales. Le continent concentre aujourd’hui une part importante des missions de maintien de la paix, des crises humanitaires et des enjeux climatiques mondiaux. Pourtant, il reste marginal dans les centres de décision.
Un secrétaire général africain pourrait porter davantage certaines priorités stratégiques : financement du développement, réforme de la gouvernance mondiale, lutte contre le terrorisme au Sahel ou encore soutien aux politiques d’industrialisation et d’intégration continentale, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
L’expérience diplomatique de Macky Sall constitue également un argument pour ses soutiens. Durant sa présidence du Sénégal (2012-2024), il s’est positionné comme un acteur de médiation sur plusieurs dossiers africains et internationaux, tout en entretenant des relations équilibrées avec les grandes puissances occidentales et les partenaires émergents.
Un profil compatible avec l’équilibre géopolitique
Dans la logique onusienne, le secrétaire général doit incarner une figure de compromis capable de dialoguer avec les grandes puissances. À cet égard, Macky Sall bénéficie d’une image de dirigeant pragmatique et modéré, susceptible de rassurer à la fois l’Union européenne, les États-Unis et plusieurs partenaires africains.
Cependant, ses chances restent tributaires des rapports de force au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. Pour être désigné, un candidat doit obtenir au moins neuf voix sur quinze sans subir de veto de l’un des cinq membres permanents : États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni.
Des chances réelles mais incertaines
La compétition sera rude. Des profils internationaux comme l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet ou le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Mariano Grossi, sont également cités parmi les candidats sérieux.
Malgré ces obstacles, la candidature de Macky Sall représente pour l’Afrique un test diplomatique majeur. Au-delà du résultat final, elle traduit une affirmation croissante du continent sur la scène internationale, dans un contexte de recomposition des équilibres géopolitiques mondiaux.
Si l’Afrique parvient à mobiliser un soutien large autour de cette candidature, elle pourrait transformer cette ambition en levier stratégique pour renforcer son poids dans les institutions internationales.