Entre malaise, prudence et mobilisation citoyenne, la diaspora camerounaise interpelle et attend l’autopsie.
L’annonce du décès d’Anicet Ekane, figure importante de la gauche critique camerounaise, continue de susciter de fortes réactions, tant au sein de la diaspora que dans les milieux politiques et universitaires. Si l’émotion domine, la prudence reste de mise : Georges Anicet Ekane souffrait depuis plusieurs années de pathologies sérieuses, suivies médicalement mais connues pour leur caractère évolutif.
Dans l’attente des conclusions de l’autopsie annoncée par les autorités, plusieurs chercheurs et analystes recommandent d’éviter toute interprétation hâtive susceptible d’alimenter tensions et récits contradictoires.
Le 6 décembre 2025, la diaspora camerounaise en France, constituée de moins de cent personnes, s’est rassemblée place de la République, à Paris, pour demander davantage de clarté institutionnelle. Le ton de la mobilisation, marqué par un mélange d’émotion et de retenue, témoignait de la volonté d’inscrire l’événement dans un cadre analytique plus large : celui de la confiance publique, de la gouvernance carcérale et de la protection des droits fondamentaux.
Si certains intervenants ont évoqué la nécessité d’une enquête indépendante, d’autres ont insisté sur l’importance de tenir compte de l’état de santé du militant afin d’éviter toute surinterprétation. Pour de nombreux observateurs, le cas Ekane illustre un enjeu politique structurant : la consolidation des procédures transparentes.
L’issue de l’expertise médico-légale apparaît essentielle, non seulement pour éclairer les circonstances de sa disparition, mais aussi pour contribuer au renforcement de la crédibilité institutionnelle dans un contexte national marqué par la fragmentation et une forte demande de vérité factuelle.
Né en 1951, Georges Anicet Ekane s’impose dans les années 1990 comme l’une des voix majeures de la gauche critique camerounaise. Fondateur du Manidem, il défend un cadre théorique marxiste, articulé à une pensée panafricaniste centrée sur la souveraineté populaire, la justice sociale et la recomposition démocratique.
Contrairement à d’autres figures de l’opposition, Georges Anicet Ekane se distingue par une approche idéologique assumée, nourrie d’un important travail de lecture, de conférences et de participation au débat public.
Souvent controversé mais régulièrement sollicité pour son sens de l’analyse, il occupe dans l’espace politique une place hybride : militant, intellectuel, idéologue, mais aussi acteur institutionnel. Miné par des problèmes de santé chroniques, il poursuit néanmoins son engagement jusqu’à sa disparition, laissant un héritage politique structurant pour une partie de la gauche camerounaise.