Mpèpèè MBEP Richard : « la spiritualité africaine ne se réinvente pas, elle reprend sa place »

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Dans un entretien accordé au Continent Magazine, Mpèpèè MBEP Richard revient sur les fondements de la spiritualité Bakoko, qu’il explore dans son ouvrage. Entre transmission des savoirs, critique des idées reçues sur l’origine du sacré en Afrique et appel à une réappropriation culturelle, il esquisse les contours d’une pensée enracinée, actuelle et universelle.

Dans un entretien accordé au Continent Magazine, Mpèpèè MBEP Richard revient sur les fondements de la spiritualité Bakoko, qu’il explore dans son ouvrage.

Entre transmission des savoirs, critique des idées reçues sur l’origine du sacré en Afrique et appel à une réappropriation culturelle, il esquisse les contours d’une pensée enracinée, actuelle et universelle.

Le Continent Magazine (LCT) : Dans votre ouvrage consacré à la spiritualité chez les Mpo’o (Bakoko), quels sont les enseignements ou révélations majeures que vous apportez, et en quoi votre approche se distingue-t-elle des travaux déjà existants ?

Mpèpèè Mbep Richard : Je propose à la fois des enseignements et des révélations.

A – Des enseignements
Deux piliers structurent de manière singulière la spiritualité des Bakoko :

Le doyennat : Il est la source du pouvoir chez les Bakoko. On ne lutte pas pour le pouvoir : dans la plupart des cas, on y accède par l’ordre naturel des naissances. C’est de ce principe que découlent les droits et les devoirs de l’individu comme de la communauté.

La stabilité : La monnaie favorise des accumulations qui engendrent des puissances instables : celui qui possède davantage devient momentanément plus puissant. Dès lors, on lutte pour accumuler. À l’inverse, lorsque le pouvoir découle du doyennat, on ne lutte pas pour devenir puissant. Et lorsque la monnaie est bannie au profit du partage, de la solidarité – le « Liyomba » – on ne lutte pas pour posséder.

Nos ancêtres avaient opté pour ce second modèle, fondé sur l’amour de l’autre. Or, un développement juste suppose la stabilité, et la stabilité véritable repose sur l’amour. Il n’y a pas de partage juste sans amour.

B – Des révélations

Mon ouvrage affirme que Nyólè, c’est-à-dire Dieu, existe. Il aime sa créature d’un amour égal et parfait. Il ne s’est pas révélé à un seul peuple, mais à tous, chacun selon son environnement et ses réalités.

Nyólè s’est ainsi révélé aux Bakoko, qui en ont fait le fondement de leur spiritualité. Il est donc erroné de croire que le colon a appris Dieu aux Bakoko.

Abreuvés à cette source spirituelle, les Bakoko ont bâti une société sans police, sans gendarmerie, sans prisons. C’est la colonisation, dans toutes ses dimensions, qui a profondément altéré leur culture, leur tradition et leur socle spirituel.

Le Continent Magazine : Face à la disparition progressive de certaines pratiques et savoirs traditionnels, en quoi votre livre constitue-t-il un outil concret de transmission, notamment pour les jeunes générations et la diaspora ?

Mpèpèè Mbep Richard : Le livre se veut un outil de transmission et de réappropriation.

A – De la transmission :

Le savoir repose sur deux leviers : la technologie et la pratique. La technologie répond au « pourquoi » et au « comment », permettant la compréhension. Cette compréhension ouvre la voie à la pratique, puis à l’amélioration, jusqu’à la maîtrise de l’art. C’est à ce stade que l’on devient capable de transmettre.

Mon ouvrage s’inscrit dans la continuité d’un premier travail intitulé Les Sentiers initiatiques. Ensemble, ces deux livres offrent un enseignement nouveau aux Bakoko, en leur permettant de redéfinir avec précision les contours de leur héritage spirituel. Ils en acquièrent les bases, se les réapproprient, et deviennent à leur tour détenteurs et transmetteurs de ce savoir.

Cependant, le cœur de cet enseignement – notamment les rites – demeure réservé aux hauts initiés, les Bapèpèè.

Comme le rappelle Pierre Corneille dans Le Cid : « Un prince dans un livre apprend mal son devoir ; il doit apprendre à faire en nous regardant faire. » Autrement dit, la lecture seule ne suffit pas. Les échanges directs et la fréquentation des Bapèpèè constituent le socle essentiel de la transmission des savoirs ancestraux.

Le Continent Magazine : Au-delà du peuple Bakoko, comment votre travail contribue-t-il à repositionner la spiritualité africaine dans le débat contemporain ?

Mpèpèè Mbep Richard : La spiritualité africaine est plurielle dans ses pratiques, mais elle converge vers une même essence du sacré. Elle s’exprime sous différents noms – Nyólè, Si Mingongo, Eta, Lo’o, Ólolomè, mais aussi Yahvé, Allah ou Dieu – pour désigner une réalité unique. Ainsi, la spiritualité des Bakoko ne cherche pas à se repositionner : elle reprend simplement sa place dans ce que j’appelle le cercle de la spiritualité africaine.

Le Continent Magazine : Qu’est-ce qu’un Mpèpèè et quel est son rôle ?

Mpèpèè Mbep Richard : Le Mpèpèè incarne la présence visible du fondateur de la tribu. Il est l’unique héritier de ses attributs et de ses pouvoirs. Il sert d’intermédiaire entre les vivants et les ancêtres. Sa légitimité repose sur une généalogie clairement établie, reconnue par le clan. Il est, de ce fait, l’autorité traditionnelle suprême.

Son rôle est central : il promeut l’ordre, le bien et la vérité. Par sa connaissance profonde de la coutume, il est à la fois sage et éducateur. Il défend le droit, rend la justice et l’équité, et lutte contre les forces du désordre. Consacré par l’onction et le sacre, il est enfin le maître de la bénédiction et des rites.

Propos recueillis par Simon Emmanuel Minyem

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