Nachtigal sous tension : le Cameroun face à l’épreuve de sa crédibilité financière

Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse la seule continuité opérationnelle de Nachtigal.

Énergie stratégique, risques souverains et arbitrages budgétaires en Afrique centrale.

Le Cameroun n’a, à ce stade, mobilisé que 20 milliards de FCFA, soit 20 % d’une facilité globale de 100 milliards de FCFA destinée à sécuriser le paiement des factures dues à Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), exploitant du plus grand barrage hydroélectrique du pays.

Cette mobilisation partielle, révélée dans le sillage d’une convention de crédit signée le 25 novembre 2025, met en lumière les tensions financières persistantes autour d’un projet pourtant central pour la stratégie énergétique nationale.

Structurée par Société Générale Capital Securities Central Africa, aux côtés de CCA-Bank et d’Elite Capital Securities Central Africa, cette facilité de crédit revolving repose, à ce stade, sur un pool bancaire restreint.

Les prêteurs initiaux – Société Générale Cameroun et CCA-Bank – n’ont garanti que 20 milliards de FCFA, les 80 milliards restants devant être mobilisés auprès de prêteurs entrants dans un délai maximal de 90 jours après le premier tirage.

Or, selon des sources proches du dossier, les discussions se poursuivent sans avancée décisive, dans un contexte de prudence accrue des établissements financiers.

Un risque systémique pour la chaîne électrique

Au cœur de cette équation se trouve Eneo, le distributeur d’électricité, dont les difficultés structurelles de trésorerie fragilisent l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur.

Depuis la mise en service de Nachtigal, d’une capacité installée de 420 MW – près de 30 % de la capacité nationale – NHPC facture environ 10 milliards de FCFA par mois, indépendamment du niveau effectif de consommation, conformément au contrat d’achat d’électricité (PPA) signé en 2018.

Incapable d’honorer régulièrement ces paiements, Eneo a entraîné l’activation répétée des mécanismes de garantie. Initialement, l’État camerounais avait fait émettre une lettre de crédit stand-by (SBLC) de 56,4 milliards de FCFA par Société Générale Paris, couverte par une contre-garantie de la Banque mondiale.

Selon des informations concordantes, NHPC a déjà tiré 42,63 milliards de FCFA sur cette garantie, accentuant la pression sur les finances publiques et sur la relation avec les bailleurs multilatéraux.

Crédibilité souveraine et perception des marchés

Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse la seule continuité opérationnelle de Nachtigal. L’activation complète de la garantie de la Banque mondiale enverrait un signal négatif aux marchés, susceptible d’affecter la notation souveraine du pays et de renchérir le coût futur de ses financements.

Conscient de ces risques, le ministère des Finances s’efforce de maintenir la confiance des investisseurs et d’éviter un précédent jugé dommageable pour l’attractivité du Cameroun.

Cette situation intervient dans un contexte macroéconomique marqué par des arbitrages budgétaires délicats, une pression sur les finances publiques et une vigilance accrue des partenaires financiers internationaux.

Perspectives : réforme ou vulnérabilité prolongée

À moyen terme, la soutenabilité du modèle repose sur une réforme plus profonde de la gouvernance du secteur électrique, incluant la viabilité financière d’Eneo, l’ajustement des mécanismes contractuels et une meilleure allocation des risques.

À défaut, Nachtigal – pilier de la stratégie de développement et d’industrialisation du Cameroun – pourrait devenir un révélateur des fragilités structurelles de l’économie camerounaise, à un moment où la crédibilité financière constitue un actif stratégique majeur en Afrique centrale.

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