OMC à Yaoundé : l’offensive des PME africaines dans un commerce mondial fragmenté

3 min read
À travers l’intervention d’Achille Bassilekin III, le Cameroun plaide pour une reconfiguration des règles commerciales au profit des économies émergentes et de l’entrepreneuriat local.


À travers l’intervention d’Achille Bassilekin III, le Cameroun plaide pour une reconfiguration des règles commerciales au profit des économies émergentes et de l’entrepreneuriat local.

L’intervention d’Achille Bassilekin III, ministre des PME, de l’économie sociale et de l’artisanat du Cameroun, lors de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce à Yaoundé, s’inscrit dans une séquence géoéconomique marquée par la fragmentation du commerce mondial et la remise en cause du multilatéralisme classique.

D’emblée, le ministre a positionné les PME/PMI comme des acteurs centraux de la résilience économique africaine. Dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur, marqué par les tensions commerciales et les stratégies de relocalisation, cette orientation traduit une volonté de capter une part plus significative de la valeur ajoutée. Il s’agit moins d’un discours technique que d’un signal politique : le Cameroun entend sortir d’une insertion périphérique dans le commerce international.

Sur le plan géoéconomique, l’accent mis sur l’économie sociale et solidaire constitue un levier stratégique. En valorisant des modèles hybrides – entre marché et solidarité – Yaoundé tente de proposer une alternative aux paradigmes dominants, souvent inadaptés aux réalités africaines. Cette approche vise aussi à formaliser une large part de l’économie informelle, tout en consolidant la base fiscale et la cohésion sociale.

L’intervention s’inscrit également dans une logique de diplomatie économique offensive. En appelant à un meilleur accès des PME africaines aux marchés internationaux, le ministre met en lumière les asymétries persistantes au sein du système commercial multilatéral. Les barrières non tarifaires, les normes techniques et les subventions des pays développés continuent de désavantager les producteurs du Sud. À cet égard, le Cameroun se positionne comme porte-voix d’un rééquilibrage des règles du jeu.

Sur le plan géostratégique, ce plaidoyer intervient dans un contexte de concurrence accrue entre grandes puissances pour l’influence en Afrique. En renforçant ses capacités productives locales, le Cameroun cherche à réduire sa dépendance aux importations et à accroître son autonomie stratégique. Cette orientation rejoint les dynamiques continentales, notamment celles portées par la Zone de libre-échange africaine, même si leur mise en œuvre reste inégale.

Toutefois, l’écart entre ambition politique et capacité opérationnelle demeure un défi majeur. Le financement des PME, l’accès à l’énergie, la qualité des infrastructures et la gouvernance administrative restent des contraintes structurelles. Sans réformes internes profondes, le discours porté à l’OMC risque de rester incantatoire.

En définitive, l’intervention d’Achille Bassilekin III reflète une tentative de repositionnement stratégique du Cameroun dans l’économie mondiale. Entre affirmation souveraine et dépendances persistantes, elle illustre les marges étroites dont disposent les économies africaines pour transformer les règles du commerce international à leur avantage.

VOUS POURRIEZ AIMER

"Investissez dans le boom agricole du Cameroun – [Explorez les opportunités]"

Table des matières

Vous avez des questions ou besoin de l'aide d'un expert ?

Notre équipe est là pour accompagner votre croissance.
Partagez ceci

Publicité

Aucun article trouvé !

Scroll to Top