Avec l’inscription du Mvet Oyeng et du Guruna à l’Unesco, Yaoundé consolide une stratégie de rayonnement culturel, de souveraineté symbolique et d’influence géoculturelle en Afrique centrale.
Le Cameroun vient d’inscrire un nouveau chapitre dans la géopolitique mondiale de la culture. Lors de la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, tenue à New Delhi, deux expressions culturelles camerounaises – le Mvet Oyeng et le Guruna – ont rejoint la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Une double reconnaissance qui porte à quatre le nombre d’éléments camerounais inscrits, confirmant la densité culturelle du pays et son rôle moteur en Afrique centrale.
e Mvet Oyeng, mémoire épique et intelligence culturelle ekang

(Le Mvet Oyeng, un art musical d’intelligence culturelle ekang – Cameroun, Gabon, Congo, Guinée équatoriale, Sao tomé et Principe)
Fruit d’une candidature multinationale portée par le Cameroun, le Gabon et le Congo, le Mvet Oyeng incarne bien plus qu’un art musical. Il s’agit d’un système de transmission de la mémoire, de la philosophie et des valeurs de la communauté Ekang, articulé autour de récits épiques, de chants, de danses et d’un instrument à cordes emblématique.
La dualité entre forme sacrée initiatique et forme populaire publique révèle une structuration sociale sophistiquée, où le patrimoine agit comme un outil de régulation communautaire et de continuité historique. À l’ère de l’uniformisation culturelle, le Mvet Oyeng apparaît comme une archive vivante du Sud global, mobilisable dans les stratégies de diplomatie culturelle et d’économie créative.
Le Guruna, culture pastorale et sécurité sociale communautaire

(Le Guruna, pratique des retraites pastorales à l’extrême-Nord Cameroun et au Tchad)
Inscrit conjointement avec le Tchad, le Guruna, pratiqué par les Massa dans l’Extrême-Nord camerounais, met en lumière une culture pastorale transfrontalière fondée sur la relation entre l’homme, le bétail et l’environnement.
Ces retraites pastorales structurent le temps social, renforcent la cohésion intergénérationnelle et transmettent des savoirs essentiels à la résilience face aux changements climatiques et aux pressions sécuritaires dans le bassin du lac Tchad.
Dans un contexte sahélien marqué par l’instabilité, le Guruna illustre comment le patrimoine immatériel peut contribuer à la stabilité sociale, à la prévention des conflits et à la préservation des identités locales.
Soft power, souveraineté culturelle et narration africaine
Pour Mme Mbeume née Ngeh Rekia Nfunfu, cheffe de la délégation camerounaise, cette reconnaissance est « un moment historique », traduisant l’engagement de l’État à préserver ses traditions vivantes.
Au-delà du symbole, l’enjeu est stratégique : ces inscriptions renforcent la souveraineté culturelle, offrent une visibilité internationale accrue et ouvrent des perspectives en matière de tourisme culturel, d’emplois créatifs et de transmission éducative.
Après le Nguon (2023) et le Ngondo (2024), le Cameroun affirme une narration culturelle offensive : celle d’un pays jeune, pluriel et porteur de civilisations enracinées. Dans un monde de rapports de force symboliques, Yaoundé démontre que la culture est aussi un levier de puissance, d’influence et de sécurité identitaire.