Trois navires inscrits sur la liste ukrainienne révèlent la vulnérabilité géopolitique du registre national et l’urgence d’une réforme pour restaurer crédibilité et compétitivité internationale.
La diplomatie maritime camerounaise traverse une zone de fortes turbulences. Trois navires camerounais – Princess Eva, USKO MFU et Cometa Pawell – figurent désormais sur la liste ukrainienne des 56 bâtiments sanctionnés dans le cadre de la guerre en Ukraine, signée le 25 novembre par le président Volodymyr Zelensky. Accusés d’exporter du blé russe depuis les ports criméens de Sébastopol et Feodosia, ces navires subissent des restrictions sur dix ans : gel d’actifs, limitations de transit, interdictions commerciales et contraintes opérationnelles.
Cette décision met en lumière la vulnérabilité du pavillon camerounais, qui compte 223 navires totalisant plus de 3 millions de tonnes de jauge brute. Déjà fragilisé par des critiques européennes sur la pêche illicite et l’inclusion de certains navires dans la « flotte fantôme » russe, le registre national se retrouve projeté dans un bras de fer géopolitique où la crédibilité maritime devient un enjeu stratégique.
Comparaison internationale : Liberia, Panama et Russie
| Pavillon | Nb de navires | Jauge brute (millions de t) | Part marché mondial | Stratégie |
|---|---|---|---|---|
| Liberia | 4 400 | 106 | 11 % | Conformité rigoureuse, attractif fiscal et administratif |
| Panama | 6 000 | 215 | 9 % | Administration compétitive, sécurité réglementaire |
| Russie | 450 | 15 | 1 % | Pavillon géopolitique, contournement des sanctions via « flotte fantôme » |
| Cameroun | 223 | 3 | 0,2 % | Attractif pour zones grises, mais exposé à sanctions et critiques |
Le Liberia et Panama dominent le marché avec un modèle axé sur la conformité et les services compétitifs. La Russie exploite ses pavillons à des fins géopolitiques, souvent pour contourner les sanctions. Le Cameroun se situe entre ces modèles : attractif pour des opérateurs cherchant des zones grises, mais exposé à des risques politiques et économiques significatifs.
Réforme
Face à ces pressions, Yaoundé a annoncé un réexamen complet des procédures d’attribution du pavillon. Objectif : renforcer la supervision des armateurs, prévenir les violations des sanctions internationales et restaurer la confiance des assureurs et partenaires commerciaux. Selon un expert en intelligence économique maritime : « Le Cameroun doit transformer son pavillon en un outil de compétitivité et de sécurité économique, plutôt qu’en un simple instrument de contournement réglementaire ».
Même sans rôle direct dans le conflit russo-ukrainien, le Cameroun est désormais au centre d’un dispositif de pression sur le commerce maritime. Dans un contexte où l’UE et les États-Unis surveillent de près les flux liés à la Russie, l’attractivité du pavillon camerounais peut devenir un risque systémique pour l’économie nationale et régionale.

Enjeux stratégiques
Le Cameroun se trouve à un carrefour stratégique : réformer son pavillon pourrait assainir sa réputation, renforcer la sécurité économique, favoriser l’intégration régionale et positionner le pays comme acteur fiable dans la compétition internationale des registres maritimes.