Le pouvoir défend une gestion encadrée des manifestations, au nom de l’État de droit, de la cohésion nationale et de la stabilité économique.
La comparution, le 8 janvier à Yaoundé, de plus de 140 personnes interpellées lors des manifestations ayant suivi l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 s’inscrit dans une phase sensible mais maîtrisée de la séquence post-électorale camerounaise.
Poursuivis pour « propagation de fausses nouvelles, attroupement, rébellion en groupe et défaut de carte nationale d’identité », les prévenus sont en détention préventive depuis un peu plus de deux mois, une durée que les autorités judiciaires justifient par la complexité des dossiers et les impératifs de sécurité.
Du côté du gouvernement, l’accent est mis sur le respect strict des procédures légales et l’indépendance de la justice. « Le Cameroun est un État de droit. Les institutions fonctionnent et chacun répond de ses actes dans le cadre de la loi », a rappelé récemment le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, soulignant que les juridictions sont seules compétentes pour apprécier les demandes de mise en liberté provisoire.
La présidence camerounaise insiste, pour sa part, sur la nécessité de préserver l’ordre public après une élection marquée par une participation de plus de 52 %, selon les chiffres officiels d’Elections Cameroon (Elecam).
Réélu avec plus de 70 % des suffrages, le président Paul Biya avait appelé, dans un message à la Nation, « au calme, au dialogue républicain et au respect des lois de la République », réaffirmant son attachement à la paix civile et à la cohésion nationale.
Sur le plan sécuritaire, les autorités soulignent que les manifestations non autorisées, dans un contexte régional instable – de la crise sécuritaire dans le bassin du lac Tchad aux tensions persistantes dans certaines zones d’Afrique centrale – nécessitent une réponse encadrée pour éviter toute dérive.
« La stabilité du Cameroun est un bien stratégique pour la sous-région », confie un haut responsable administratif, rappelant le rôle du pays au sein de la CEEAC et dans les opérations de sécurité régionales. Économiquement, Yaoundé cherche à rassurer.
Le Cameroun affiche une croissance estimée à près de 4,5 % en 2025, selon les projections du FMI, et poursuit des projets structurants majeurs dans les infrastructures, l’énergie et l’agro-industrie.
Dans ce contexte, le gouvernement estime que la préservation de l’ordre institutionnel est indispensable pour maintenir la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux. Si des voix s’élèvent pour demander davantage d’apaisement, les autorités rappellent que le dialogue reste ouvert dans le cadre des lois en vigueur.
La prochaine audience prévue en février est attendue comme une étape clé, dans un processus que le pouvoir entend conduire avec fermeté, mais aussi avec le souci constant de la stabilité nationale, valeur cardinale du magistère de Paul Biya depuis plus de quatre décennies.