Procès Bongo : quand le Gabon juge un demi-siècle de pouvoir

Le procès de Sylvia et Noureddin Bongo, un test décisif pour la gouvernance post-régime.

Le Gabon entre dans une phase cruciale de sa transition politique. Le 10 novembre 2025, la Cour pénale spéciale de Libreville a ouvert le procès pour corruption de Sylvia Bongo Ondimba, ancienne Première dame, et de son fils Noureddin Bongo Valentin, ex-coordinateur général des affaires présidentielles.

Ce procès, inédit dans l’histoire du pays, symbolise à la fois la fin d’un système et l’épreuve de vérité d’un pouvoir qui se veut réformateur.

Jugés par contumace et aujourd’hui installés à Londres, Sylvia et Noureddin Bongo ont été condamnés à vingt ans de réclusion criminelle, assortis de lourdes amendes et de réparations estimées à plus de 2 200 milliards de francs CFA. Le parquet les accuse d’avoir organisé un vaste réseau de détournements de fonds publics via des sociétés écrans et des comptes offshore reliant Libreville, Genève et Dubaï.

« Il ne s’agit pas seulement d’un procès de personnes, mais d’un système », confie un magistrat gabonais. « Le pays tente de solder les comptes d’un demi-siècle de gouvernance patrimoniale ».

Une justice sous pression

Autour des deux principaux accusés gravitent douze co-prévenus, dont d’anciens collaborateurs du palais présidentiel, poursuivis pour corruption, faux et blanchiment. Le président de la cour, Jean Mexant Essa Assoumou, a décrit un « système de captation des deniers publics à des fins privées » s’étalant sur plusieurs années.

Mais si la justice cherche à tourner la page du bongoïsme, elle est aussi observée pour son impartialité. Le général Brice Oligui Nguema, chef de la transition depuis le coup d’État d’août 2023, fait de la lutte contre la corruption le socle de sa légitimité.

« C’est un moment de vérité pour la transition », analyse Lucie Minko, politologue à Libreville. « Si la justice reste indépendante, elle posera les bases d’un nouveau contrat social. Si elle est instrumentalisée, la confiance s’effondrera ».

Entre rupture et continuité

Renversé après cinquante-cinq ans de règne de la dynastie Bongo, l’ancien président Ali Bongo Ondimba reste assigné à résidence, sans être directement mis en cause. En toile de fond, le Gabon cherche à refonder l’État sur la probité et la transparence, tout en évitant que la justice ne se transforme en outil politique.

Le dossier a aussi une portée régionale. Pour Serge Mayombo, analyste, « ce procès résonne au-delà du Gabon : il questionne la capacité de l’Afrique centrale à rompre avec les logiques de prédation et à institutionnaliser la responsabilité publique ».

Le miroir d’un nouveau pacte social

Dans les rues de Libreville, les attentes sont fortes. « Ce que nous voulons, ce n’est pas la vengeance, c’est la vérité », confie un habitant du quartier Akébé. Si le verdict marque la fin d’une ère, il ouvre aussi un défi : transformer la justice punitive en justice refondatrice. Car du résultat de ce procès dépend peut-être la crédibilité d’un nouvel ordre politique en Afrique centrale – celui de la gouvernance responsable et de la reddition des comptes.

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