Entre continuité institutionnelle, poids économique et défis de la décentralisation.
Polycarpe Banlog a prêté serment le jeudi 15 janvier 2026 pour un second mandat à la tête du Conseil régional du Littoral.
La cérémonie, organisée en présence des autorités administratives, des conseillers régionaux et de plusieurs chefs traditionnels Sawa, s’inscrit dans un contexte de consolidation progressive de la décentralisation régionale au Cameroun, engagée depuis la mise en place des Conseils régionaux en 2020.
« Ce nouveau mandat doit être celui de la maturation, de l’implémentation et de l’impact visible pour les populations », a déclaré Polycarpe Banlog, soulignant que « la région du Littoral ne peut se contenter d’être le moteur économique du pays sans structurer durablement son développement humain et territorial ».
Un premier mandat de structuration et de mise en place
Le premier mandat (2020-2025) du Conseil régional du Littoral a été largement consacré à l’installation de l’institution : organisation administrative, définition des procédures internes, appropriation des compétences transférées par l’État et coordination avec les services déconcentrés.
Dans un environnement institutionnel inédit, le Conseil régional a progressivement trouvé sa place dans l’écosystème territorial.
Selon les données officielles, le budget annuel moyen du Conseil régional du Littoral sur la période 2021-2024 s’est situé autour de 15 à 20 milliards FCFA, essentiellement orientés vers les infrastructures de base, l’appui aux communes, la formation professionnelle, la valorisation culturelle et des projets pilotes de développement local.
Une région stratégique, pilier de l’économie nationale
Avec une population estimée à plus de 4 millions d’habitants, soit près de 15 % de la population camerounaise, et une superficie d’environ 20 000 km², le Littoral constitue le cœur économique du pays.
La région abrite le principal port du Cameroun, le port autonome de Douala, par lequel transitent près de 95 % du commerce extérieur national et une large part des flux de l’Afrique centrale.
La région est structurée autour de quatre départements stratégiques : le Wouri, le Mungo, la Sanaga-Maritime et le Nkam.
- Douala, capitale économique, concentre l’industrie, la logistique, la finance et le commerce. Elle représente à elle seule plus de 40 % des recettes fiscales nationales.
- Édéa, dans la Sanaga-Maritime, constitue un pôle industriel majeur, avec des infrastructures hydroélectriques, des complexes agro-industriels et des entreprises stratégiques. La Sanaga-Maritime joue également un rôle clé dans l’agriculture, la pêche et l’agro-industrie.
- Nkongsamba, chef-lieu du Mungo, est un centre historique de production agricole, notamment du café, du cacao, de la banane et des cultures vivrières. Le département du Mungo demeure un réservoir agricole stratégique pour la sécurité alimentaire.
- Yabassi, dans le Nkam, incarne les enjeux de désenclavement, de développement rural et de valorisation des ressources forestières et agricoles.
Richesses et vulnérabilités du Littoral
Le Littoral dispose d’atouts considérables : industrie, commerce, pêche, agriculture, mangroves, ressources halieutiques, potentiel touristique côtier et fluvial.
Mais ces richesses s’accompagnent de vulnérabilités structurelles : urbanisation rapide, pression foncière, inondations récurrentes, pollution industrielle, chômage des jeunes et fragilités sociales.
« Le défi est d’assurer un développement équilibré entre Douala et l’arrière-pays, entre zones urbaines et rurales », a rappelé un conseiller régional, soulignant la nécessité d’une planification territoriale intégrée.
Conseils régionaux : complémentarité, non concurrence
Institutions élues au suffrage indirect, les Conseils régionaux ont pour mission de piloter le développement à l’échelle régionale. Ils interviennent notamment dans l’aménagement du territoire, le développement économique, la formation professionnelle, la gestion des ressources naturelles et la promotion culturelle.
Contrairement aux maires, acteurs de proximité, le Conseil régional agit comme un organe de coordination stratégique. Il n’est pas en concurrence avec les communes, mais appelé à renforcer leur action. « La région doit penser global, la commune agit local », résume un haut fonctionnaire territorial.
Articulation avec l’État et autorités administratives
La coexistence entre élus régionaux et administration déconcentrée – gouverneur, préfets, sous-préfets – demeure un enjeu central. Cette dualité, propre au modèle camerounais, exige une coopération étroite pour éviter les chevauchements et garantir l’efficacité de l’action publique.
Un second mandat décisif
Pour son second mandat, Polycarpe Banlog est attendu sur des résultats concrets : meilleure exécution budgétaire, projets structurants à l’échelle régionale, attractivité économique, mobilisation de partenariats et amélioration tangible des conditions de vie.
Dans un Cameroun engagé dans une décentralisation progressive mais encore inachevée, le Littoral apparaît comme un laboratoire stratégique. La réussite ou les limites de ce second mandat pèseront bien au-delà de la région, en influençant la crédibilité même des Conseils régionaux dans l’architecture institutionnelle nationale.