Au Rwanda, la fermeture de la Grace Room Ministry, qui rassemblait jusqu’à 10 000 fidèles à la BK Arena de Kigali, illustre le durcissement de la politique publique à l’égard des Églises évangéliques.
Depuis 2018, les autorités appliquent une réglementation plus stricte encadrant les activités religieuses, fondée sur des critères de sécurité, de gouvernance et de formation des responsables religieux.
Ces mesures imposent notamment la conformité des lieux de culte aux normes de sécurité, la transparence des flux financiers et l’obligation pour les pasteurs de disposer de diplômes reconnus en théologie. Selon les médias rwandais, plusieurs milliers d’églises ont été fermées ces dernières années pour non-respect de ces exigences.
Le gouvernement justifie cette politique par la nécessité d’assainir un secteur marqué par une forte prolifération d’églises indépendantes. Lors de récentes prises de parole, le président Paul Kagame a questionné le rôle socio-économique de certaines structures religieuses, estimant que certaines d’entre elles ne contribuaient pas suffisamment aux priorités nationales de développement.
Les autorités rappellent que le Rwanda n’est pas un État religieux et que les organisations confessionnelles, comme toute autre structure civile, doivent s’inscrire dans le cadre légal. Depuis mars 2025, les églises sont également tenues de présenter au moins 1 000 signatures de fidèles pour obtenir ou renouveler leur licence, une disposition qui a suscité des réserves parmi les petites communautés religieuses.
Pour certains observateurs, cette régulation reflète la volonté de l’État de maintenir un contrôle étroit sur l’espace public et de prévenir l’émergence de structures influentes échappant à la supervision administrative. D’autres soulignent que la question religieuse demeure sensible dans un pays où le génocide de 1994 a profondément marqué les consciences, y compris au sein des institutions ecclésiastiques.
Selon le recensement de 2024, environ 93 % des Rwandais se déclarent chrétiens. La foi a joué un rôle important dans les processus de reconstruction et de résilience après le génocide, ce que reconnaissent plusieurs universitaires rwandais. Toutefois, certains estiment que la multiplication des lieux de culte pose des enjeux d’aménagement du territoire et de cohérence des politiques publiques.
La fermeture de la Grace Room Ministry aurait été motivée, selon les autorités, par l’absence répétée de rapports d’activités et financiers requis par la loi. Sa responsable n’a pas réagi publiquement à cette décision.
Entre encadrement administratif et liberté de culte, la politique rwandaise interroge l’équilibre recherché par l’État entre stabilité institutionnelle, développement et pluralisme religieux.