Entre terrain sportif et arène politique, la star des Lions indomptables tente de contenir une popularité devenue explosive.
Samuel Eto’o n’a peut-être jamais été aussi loin des terrains, mais jamais aussi proche du centre du jeu camerounais. Réélu en novembre à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), l’ancien attaquant vedette se retrouve aujourd’hui prisonnier d’un paradoxe : sa popularité nationale, loin d’être un atout, est devenue son principal fardeau.
Dans un entretien accordé à Le Monde Afrique, Eto’o Fils met des mots sur un malaise profond : « 99 % de mes problèmes viennent du fait que les gens pensent que je veux devenir chef d’État. » Une phrase lourde de sens dans un pays où le football n’est jamais loin de la politique, et où toute figure charismatique est immédiatement perçue comme un acteur potentiel du pouvoir.
L’ombre de George Weah
La comparaison n’est jamais explicitement revendiquée, mais elle plane. L’exemple de George Weah, passé du statut d’icône sportive à président du Liberia, nourrit fantasmes et suspicions. Eto’o Fils, lui, botte en touche. Il nie toute ambition présidentielle tout en reconnaissant que cette rumeur parasite son action quotidienne à la Fecafoot, créant blocages, résistances et lectures politiciennes de décisions pourtant sportives.
« Même quand nos idées sont bonnes, certains les traduisent immédiatement sur le plan politique », déplore-t-il. Dans un Cameroun où l’État reste hypercentralisé et la suspicion institutionnelle élevée, diriger le football revient à marcher sur une ligne de crête.
Une gouvernance sportive sous haute tension
Son mandat à la tête de la Fecafoot est loin d’être un long fleuve tranquille. Changements de sélectionneur à la veille de la CAN 2025, accusations d’ingérence, absences remarquées de cadres comme André Onana ou Vincent Aboubakar : chaque décision est scrutée, commentée, parfois instrumentalisée.
À cela s’ajoute un positionnement politique assumé : son soutien public au président Paul Biya, réélu pour un huitième mandat, a suscité de vifs débats. Eto’o Fils assume, tout en rappelant que le choix politique relève de l’intime et que nul ne peut parler au nom de tous les Camerounais.
Quand le football devient un miroir du pouvoir
Après la victoire du Cameroun face au Gabon (1-0) à la CAN 2025, Eto’o Fils veut recentrer le débat sur le terrain. Mais le contexte national rend l’exercice difficile. Au Cameroun, le football est un langage politique, un espace de projection des frustrations, des espoirs et des luttes de pouvoir.
Samuel Eto’o incarne cette frontière trouble entre sport et politique. Qu’il le veuille ou non, son aura dépasse désormais le rectangle vert. Et tant que cette ambiguïté persistera, le président de la Fecafoot restera sous surveillance permanente – adulé par les foules, redouté par les cercles du pouvoir, et enfermé dans un rôle qu’il affirme ne pas vouloir endosser.