La suppression des taxes aériennes en Afrique de l’Ouest relance le débat sur le coût prohibitif des vols en zone Cemac.
La CEDEAO a lancé une petite révolution. À compter du 1er janvier 2026, les 15 États de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest supprimeront toutes les taxes sur le transport aérien et réduiront de 25 % les redevances passagers et de sécurité.
L’objectif : faire tomber le coût des billets, dynamiser les échanges et transformer une région où voyager en avion relevait souvent du luxe. Cette réforme historique, adoptée par les chefs d’État et de gouvernement, répond à une préoccupation ancienne : des tarifs aériens parmi les plus élevés au monde.

Ces surcoûts ont freiné pendant des décennies le tourisme, le commerce inter-États et la libre circulation, malgré les ambitions d’intégration régionale. Pour en assurer l’application, la Commission de la CEDEAO mettra en place un Mécanisme régional de surveillance économique chargé de suivre les prix et le respect des nouvelles règles.
Les autorités ouest-africaines s’attendent à une baisse significative des prix, une hausse du trafic passagers, une meilleure compétitivité des compagnies régionales et une densification du maillage aérien. Pour une région qui compte plus de 400 millions d’habitants et où les distances sont longues, l’enjeu économique est colossal.
Afrique centrale : l’écart se creuse
Cette initiative met désormais en lumière le retard de l’Afrique centrale, où les taxes aériennes restent parmi les plus élevées du continent. Dans la zone Cemac – Cameroun, Congo, Gabon, RCA, Tchad, Guinée équatoriale – les billets d’avion intègrent souvent entre 30 % et 45 % de surcoûts liés aux redevances, frais de sûreté, TVA, ou encore aux taxes de développement des infrastructures.
Les pays les plus chers et les moins chers pour les départs intercontinentaux
| Aéroports les plus chers | Taxes sur les départs intercontinentaux (USD) | Aéroports les moins chers | Taxes sur les départs intercontinentaux (USD) |
|---|---|---|---|
| Gabon | 297.7 | Libye | 1.3 |
| Sierra Leone | 294 | Malawi | 5.0 |
| Nigeria | 180 | Lesotho | 5.7 |
| Djibouti | 168.7 | Algérie | 9.8 |
| Niger | 130.7 | Eswatini | 14.2 |
| Benin | 123.4 | Tunisie | 15.4 |
| Sénégal | 122.6 | Botswana | 18.9 |
| Liberia | 115 | Maroc | 25.1 |
| Ghana | 111.5 | Sao Tome | 26 |
| RDC | 109.9 | Angola | 28.4 |
| Tchad | 105.7 | Afrique du Sud | 28.5 |
Source: Association des Compagnies Aériennes Africaines (AFRAA).
Résultat :
- les vols intra-Cemac figurent parmi les plus chers d’Afrique ;
- le trafic régional demeure faible et concentre une part importante de correspondances via Addis-Abeba ou Casablanca ;
- les compagnies locales souffrent d’un marché restreint, peu attractif et peu intégré.
Alors que la CEDEAO avance, la pression s’accentue sur les gouvernements d’Afrique centrale pour engager eux aussi une réforme structurelle. D’autant plus que d’autres dynamiques – le corridor routier Yaoundé-Brazzaville, l’essor du transport par bus, la concurrence croissante sur les axes transfrontaliers – risquent d’emmener une partie des voyageurs vers des alternatives routières moins coûteuses.