VIH au Cameroun : la fracture silencieuse

Au Cameroun, la bataille contre le VIH est aussi une bataille pour le pouvoir, l’équité et l’avenir.

Quand le genre, les territoires et l’économie politique de la santé redessinent les lignes de sécurité nationale.

Les derniers résultats épidémiologiques sur le VIH au Cameroun révèlent une réalité plus profonde qu’un simple enjeu sanitaire. Derrière la baisse relative de la prévalence nationale — passée de 3,4 % à 2,6 % chez les 15-49 ans — se dessine une crise structurelle où s’entrecroisent inégalités de genre, déséquilibres territoriaux et vulnérabilités socio-économiques, avec des implications géopolitiques et géostratégiques majeures.

La première ligne de fracture est genrée. Les femmes concentrent l’essentiel du fardeau : une incidence de 0,24 %, quatre fois supérieure à celle des hommes, et une prévalence de 3,6 % contre 1,6 %. Cette surreprésentation féminine traduit une combinaison de facteurs systémiques : précarité économique, asymétries de pouvoir dans les relations sociales et sexuelles, accès inégal aux services de prévention et de soins.

Sur le plan de l’intelligence économique, cette réalité affecte directement le capital humain national, en fragilisant une population clé de l’économie informelle, de l’agriculture et de la reproduction sociale. La géographie du VIH renforce ces vulnérabilités. Les écarts entre le Nord (1,5 %) et la région du Centre hors Yaoundé (4,6 %) soulignent l’impact des dynamiques territoriales : mobilité interne, corridors commerciaux, densité démographique et accès différencié aux infrastructures sanitaires.

Ces disparités territoriales posent un enjeu de sécurité humaine, car elles créent des poches de forte vulnérabilité susceptibles d’alimenter l’instabilité sociale, les migrations internes non maîtrisées et la pression sur les services publics. L’analyse par âge révèle un autre angle critique. Si la suppression de la charge virale atteint 95 % chez les plus de 55 ans, elle s’effondre chez les jeunes adultes.

Les femmes de 15 à 24 ans et les hommes de 25 à 34 ans affichent des taux proches de 50 %. Ce décrochage générationnel met en évidence une crise de confiance et d’appropriation des politiques de santé publique. Il interroge l’efficacité des dispositifs actuels face aux mutations culturelles, numériques et socio-économiques des jeunesses camerounaises.

Sur le plan géostratégique, la lutte contre le VIH s’inscrit dans une équation régionale. Le Cameroun, pivot de l’Afrique centrale, ne peut dissocier sa trajectoire sanitaire de celle de ses voisins. La circulation transfrontalière des personnes, des biens et des forces de sécurité impose une coopération renforcée en matière de surveillance épidémiologique, de financement et d’harmonisation des politiques de santé.

La recommandation du ministère — intensifier le dépistage communautaire et renforcer la Couverture Sanitaire Universelle — dépasse le cadre médical. Elle relève d’un choix stratégique de développement et de souveraineté. Atteindre l’objectif d’élimination du Sida d’ici 2030 suppose d’intégrer la santé comme un pilier de la sécurité nationale, de l’attractivité économique et de la stabilité régionale.

Au Cameroun, la bataille contre le VIH est aussi une bataille pour le pouvoir, l’équité et l’avenir.

VOUS POURRIEZ AIMER

"Investissez dans le boom agricole du Cameroun – [Explorez les opportunités]"

Table des matières

Vous avez des questions ou besoin de l'aide d'un expert ?

Notre équipe est là pour accompagner votre croissance.
Partagez ceci

Publicité

Aucun article trouvé !

Scroll to Top