L’annonce de la visite prochaine du nouveau souverain pontife, Léon XIV, au Cameroun, a suscité à la fois curiosité, prudence et interrogations.
Ce déplacement, qui serait la quatrième visite papale dans le pays après Jean-Paul II, Benoît XVI et François, intervient dans un contexte politique et social particulièrement sensible, marqué par des tensions post-électorales, des fragilités sécuritaires persistantes et une Église nationale en quête de repères.
Pour Paul Samangassou, laïc engagé depuis plusieurs décennies dans le diocèse de Yagoua puis à l’archevêché de Yaoundé, cette visite représente à la fois une opportunité et un risque. Connaisseur avisé du fonctionnement interne de l’Église et des dynamiques entre clergé, laïcs et institutions publiques, il appelle à une approche mesurée : ni rejet instinctif, ni euphorie inconditionnelle.
Selon lui, la société camerounaise traverse une période où la parole morale revêt une importance particulière. Les séquelles du conflit dans les régions anglophones, la pression économique grandissante, le climat politique post-électoral tendu et la précarisation de pans entiers de la population créent un environnement fragile. Une visite pontificale peut, dans ce cadre, devenir un catalyseur d’espérance et d’apaisement, mais aussi, si elle est mal préparée ou politiquement instrumentalisée, un facteur de crispation.
Du côté de l’Église elle-même, les défis sont nombreux : tensions internes entre sensibilités idéologiques, scandales ayant fragilisé l’autorité morale du clergé, difficulté à renouveler son rôle dans une société de plus en plus jeune, plurielle et exigeante sur les questions éthiques. Dans un tel contexte, la venue de Léon XIV pourrait offrir une occasion de recentrer le débat sur la mission pastorale, la responsabilité sociale de l’Église et sa capacité à dialoguer avec toutes les composantes de la nation.
Pour Samangassou, la clé réside dans le message : « Un Pape n’est pas attendu pour valider un climat politique, mais pour dire une parole universelle de justice, de paix et de vérité. » Le défi de Léon XIV sera donc de réussir un déplacement qui soutienne les populations, apaise les tensions et renforce le rôle spirituel de l’Église, sans être perçu comme une caution politique ni comme une intervention extérieure malvenue.
Une visite prometteuse, à condition d’être finement calibrée.