Aéroports de Garoua et Maroua : pourquoi le Cameroun est poussé à renoncer au statut international

6 min read
Entre impératif réglementaire, désenclavement du Grand Nord, relance du transport domestique et avenir de Camair-Co, cette décision pourrait redessiner durablement la carte aérienne du pays.

À quelques mois d’un audit crucial de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), le Cameroun est confronté à un choix délicat : retirer les aéroports de Garoua et Maroua du réseau international régulier afin d’améliorer son score de conformité aux normes mondiales de sécurité aérienne.

Derrière cette recommandation technique se cache une réalité plus complexe. Entre impératif réglementaire, désenclavement du Grand Nord, relance du transport domestique et avenir de Camair-Co, cette décision pourrait redessiner durablement la carte aérienne du pays.

Une recommandation dictée par l’urgence de l’audit

Le compte à rebours est lancé. En novembre 2026, le Cameroun sera soumis à l’audit USOAP-CMA de l’OACI, un exercice destiné à mesurer le niveau de conformité des États aux standards internationaux de sécurité et de sûreté aériennes. L’enjeu est de taille. Le dernier audit complet du Cameroun remonte à 2006. Vingt années se sont écoulées sans évaluation formelle du système national de supervision de la sécurité aérienne.

Pour cette nouvelle échéance, l’OACI fixe au pays un objectif minimal de 75 % de conformité. C’est dans cette perspective que le directeur du Bureau régional de l’OACI pour l’Afrique occidentale et centrale, Romain Ekoto, a présenté au ministre des Transports plusieurs mesures destinées à améliorer les performances du Cameroun avant l’évaluation.

Parmi elles figure une recommandation particulièrement sensible : retirer les aéroports de Garoua et Maroua du réseau international régulier. L’idée peut paraître paradoxale dans un contexte où le Cameroun cherche à renforcer ses infrastructures de transport. Pourtant, la logique de l’OACI est avant tout technique.

Les plateformes qui ne satisfont pas pleinement aux normes internationales pèsent négativement sur l’évaluation globale du pays lorsqu’elles demeurent intégrées au réseau international.Leur retrait du périmètre audité permet donc d’améliorer mécaniquement les indicateurs nationaux de conformité.

Autrement dit, il s’agit moins d’une sanction que d’un ajustement destiné à éviter que des infrastructures insuffisamment mises à niveau ne compromettent la performance globale du Cameroun lors de l’audit.

Le Grand Nord face au risque d’un recul de sa connectivité

Les autorités et l’OACI insistent sur un point : Garoua et Maroua ne seraient pas fermés aux vols internationaux. Les deux aéroports pourraient continuer à accueillir des vols internationaux ponctuels ou exceptionnels. Ce qui disparaîtrait, en revanche, serait leur statut de plateforme ouverte aux dessertes internationales régulières. Cette nuance administrative n’est toutefois pas sans conséquences.

Dans une région éloignée des grands centres économiques du pays, la présence d’infrastructures aéroportuaires à vocation internationale constitue un levier de mobilité, de commerce et d’attractivité. La perte de ce statut pourrait réduire les perspectives de développement de certaines liaisons futures vers les pays voisins, notamment le Tchad, le Nigeria ou encore les marchés sahéliens.

Elle pose également une question d’aménagement du territoire. Depuis plusieurs années, le Cameroun cherche à renforcer l’intégration économique du Grand Nord. Or, la connectivité aérienne représente un facteur essentiel pour les investissements, le tourisme, les échanges commerciaux et la circulation des personnes.

Le risque est donc de voir s’accentuer la concentration du trafic international autour de Douala et Yaoundé, tandis que les plateformes septentrionales se recentreraient essentiellement sur le trafic intérieur.

Une opportunité pour relancer l’aviation domestique ?

Cette évolution pourrait cependant ouvrir une autre perspective : celle d’une restructuration du transport aérien intérieur. Si Garoua et Maroua perdent leur vocation internationale régulière, leur rôle dans le réseau domestique pourrait devenir encore plus stratégique.

Les besoins de mobilité entre le Grand Nord, Yaoundé et Douala demeurent importants, tant pour les administrations que pour les opérateurs économiques et les populations. Dans cette configuration, le développement de liaisons nationales plus fréquentes et plus fiables pourrait compenser en partie la réduction de l’activité internationale.

La question renvoie directement à la capacité de Camair-Co à jouer pleinement son rôle de compagnie nationale. Depuis plusieurs années, la desserte régulière du territoire reste l’un des principaux défis de l’entreprise publique.

Un recentrage des plateformes de Garoua et Maroua sur le trafic domestique pourrait constituer une opportunité de renforcer les lignes intérieures, à condition que la compagnie dispose des moyens opérationnels et financiers nécessaires pour assurer une offre régulière et compétitive.

Pour Camair-Co, l’enjeu dépasse la simple exploitation commerciale. Une meilleure desserte du Grand Nord contribuerait à renforcer sa présence sur le marché national tout en répondant à une mission de service public souvent évoquée par les pouvoirs publics.

Au-delà des aéroports, une réforme structurelle de l’aviation civile

La recommandation concernant Garoua et Maroua n’est finalement que la partie la plus visible d’un chantier beaucoup plus vaste. L’OACI demande également au Cameroun d’accélérer l’adoption de nouveaux textes réglementaires en matière de sécurité et de sûreté aériennes, de créer une commission d’enquête indépendante sur les accidents et incidents d’aviation, et de se doter d’un schéma directeur global pour le développement du secteur.

À Douala, les travaux de modernisation de l’aéroport international figurent également parmi les priorités. Le projet de rénovation, évalué à 95 milliards de FCFA TTC, doit permettre à la principale plateforme du pays d’obtenir sa certification internationale dans les meilleurs délais.

L’ensemble de ces mesures poursuit un objectif commun : renforcer la crédibilité du système aéronautique camerounais avant l’audit de novembre 2026 et, au-delà, améliorer durablement la sécurité, l’attractivité et la compétitivité du transport aérien national.

Un délicat exercice d’équilibre pour le Ministre des transports

Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè se retrouve aujourd’hui au cœur d’un délicat exercice d’équilibre. D’un côté, l’impératif d’obtenir un résultat honorable lors de l’audit de l’OACI après vingt années sans évaluation internationale ; de l’autre, la nécessité de ne pas donner le sentiment d’un recul de l’offre aérienne dans le Grand Nord.

En réunissant l’ensemble des acteurs du secteur autour d’une même table, le ministre a choisi la voie de la mobilisation collective et du respect des échéances. Son message est clair : aucune administration, aucun opérateur public ne devra être le maillon faible de la préparation camerounaise.

Cette fermeté traduit une prise de conscience au sommet de l’État : l’audit de novembre 2026 ne sera pas seulement un examen technique, mais aussi un test de crédibilité pour l’ensemble du système aéronautique national. Car derrière le débat sur le statut de Garoua et Maroua se joue une question plus fondamentale : celle de la place du Cameroun dans le ciel africain de demain.

Entre exigences internationales et impératifs de développement territorial, le pays est désormais appelé à trouver un équilibre entre conformité réglementaire et accessibilité aérienne pour l’ensemble de ses régions.

Simon Emmanuel MINYEM

VOUS POURRIEZ AIMER

"Investissez dans le boom agricole du Cameroun – [Explorez les opportunités]"

Table des matières

Vous avez des questions ou besoin de l'aide d'un expert ?

Notre équipe est là pour accompagner votre croissance.
Partagez ceci

Publicité

Aucun article trouvé !

Scroll to Top