BRT de Douala : Entre impasse financière et impératif de transformation urbaine

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Un tournant pour l'avenir de Douala

Conçu pour transformer durablement les déplacements dans la capitale économique du Cameroun, le Projet de mobilité urbaine de Douala (PMUD) traverse une phase décisive. L’apparition d’un déficit de financement de 104,6 milliards de FCFA, les retards d’exécution et les incertitudes autour du maintien du Bus Rapid Transit (BRT) dans sa version lourde remettent en question les ambitions initiales.

Entre impératifs budgétaires, attentes sociales et contraintes techniques, le projet entre dans une période où les choix qui seront opérés détermineront le visage du transport urbain de Douala pour les prochaines décennies.

Un projet structurant confronté à la réalité financière

Douala concentre près de la moitié de l’activité économique du Cameroun, mais son système de transport demeure dominé par les taxis, les motos commerciales et un réseau routier saturé. Les embouteillages chroniques allongent les temps de trajet, renchérissent les coûts de transport et pèsent sur la compétitivité de la métropole.

Pour répondre à cette situation, le PMUD a été lancé avec l’appui de la Banque mondiale autour d’un Bus Rapid Transit (BRT), complété par des aménagements routiers et des voies de rabattement. Mais quatre ans après son approbation, son coût est passé de 260,8 à 365,4 milliards de FCFA TTC, principalement en raison de l’ajout de 66 km de voies destinées à mieux connecter les quartiers au corridor principal.

Une attente toujours forte

Pour les populations, le BRT reste l’espoir d’un transport collectif fiable, rapide et accessible. Chaque jour, des milliers d’usagers subissent la congestion, des trajets interminables et une hausse continue des coûts de déplacement.

Le projet devait améliorer durablement la mobilité avec des voies réservées, une meilleure régularité des transports et un réseau capable d’accueillir plus de 535 000 passagers par jour grâce à une flotte de 251 autobus.

Les principaux blocages

Le déficit de financement constitue aujourd’hui la principale menace. Les exonérations fiscales sollicitées pourraient réduire le besoin de financement d’environ 54 milliards de FCFA, sans toutefois combler entièrement le déficit.

À cette contrainte s’ajoutent des difficultés foncières, plusieurs sites stratégiques n’étant pas encore sécurisés, ainsi qu’un calendrier particulièrement serré, la clôture du projet étant prévue en juin 2028. La Banque mondiale continue par ailleurs de juger les performances du PMUD « modérément insatisfaisantes », avec un niveau de risque élevé.

Entre maintien du projet initial et adaptation

Face aux contraintes actuelles, la Banque mondiale étudie une version allégée du BRT. Moins coûteuse et plus rapide à mettre en œuvre, elle offrirait néanmoins une capacité réduite et une vitesse commerciale inférieure à celle du système lourd initialement envisagé.

Le véritable enjeu consiste désormais à arbitrer entre le maintien d’une ambition élevée nécessitant de nouveaux financements et une adaptation du projet aux ressources disponibles.

Comment relancer le PMUD ?

La réussite du projet passe d’abord par une décision rapide sur les mesures fiscales, puis par la mobilisation de financements complémentaires afin de préserver les composantes essentielles du BRT.

Une programmation progressive des investissements, privilégiant d’abord le corridor principal avant certaines voies secondaires, pourrait également permettre de respecter les contraintes budgétaires. Une meilleure coordination entre l’État, la Communauté urbaine de Douala et les partenaires techniques demeure enfin indispensable pour accélérer les procédures et sécuriser le foncier.

Un tournant pour l’avenir de Douala

Au-delà des chiffres, le débat porte sur le modèle de développement de la capitale économique. Un BRT performant renforcerait la compétitivité de Douala, améliorerait la qualité de vie et réduirait durablement les effets de la congestion.

La revue stratégique attendue avec la Banque mondiale à la fin du mois de septembre devrait donc être décisive. Elle devra déterminer si Douala conserve l’ambition d’un véritable transport de masse ou s’oriente vers une solution plus modeste, dictée par les contraintes financières. Ce choix engagera durablement l’avenir de la mobilité urbaine dans la métropole.

Simon Emmanuel MINYEM

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