Le Cameroun s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire cinématographique. En engageant la révision d’un cadre juridique vieux de près de quarante ans, le ministère des Arts et de la Culture, avec l’appui de l’UNESCO, entend adapter le secteur aux réalités du numérique, du streaming et de l’intelligence artificielle. Au-delà d’une simple réforme législative, c’est toute l’organisation de l’industrie du cinéma qui est en jeu. État des lieux d’un secteur en quête de renaissance, entre défis persistants, ambitions renouvelées et perspectives d’avenir. Un patrimoine riche, mais une industrie fragilisée Le cinéma camerounais a longtemps figuré parmi les plus prometteurs d’Afrique centrale. Depuis plusieurs décennies, il révèle des réalisateurs, scénaristes, producteurs et comédiens dont les œuvres sont remarquées dans les festivals africains et internationaux. Cette richesse artistique contraste pourtant avec la fragilité de l’industrie. La disparition progressive des salles de cinéma, le déficit d’infrastructures, la faiblesse des circuits de distribution, l’accès limité aux financements et le manque d’investissements ont freiné son développement. Beaucoup de professionnels travaillent encore dans des conditions précaires, avec des productions largement autofinancées. Cette réalité tranche avec les progrès réalisés par plusieurs pays africains qui ont fait du cinéma un véritable secteur économique. Un cadre juridique dépassé par les mutations technologiques L’un des principaux obstacles demeure l’obsolescence du cadre juridique. La loi de 1988 et ses décrets d’application de 1990 et 1991 avaient été conçus pour une industrie dominée par la pellicule et les salles de projection. Depuis, le paysage audiovisuel a été bouleversé par le streaming, les plateformes numériques, la vidéo à la demande, les coproductions internationales et l’intelligence artificielle. Le droit camerounais peine ainsi à répondre aux enjeux de la diffusion en ligne, de la protection des contenus numériques, de la monétisation des œuvres et des nouveaux modèles économiques. La réforme engagée par le MINAC : un tournant stratégique Pour répondre à ces défis, le ministère des Arts et de la Culture (MINAC), avec l’UNESCO et le soutien de la République de Corée, a organisé les 17 et 18 août 2026 un séminaire consacré à la révision du cadre juridique de la cinématographie camerounaise. À Mbankomo, pouvoirs publics, juristes et professionnels ont examiné un avant-projet de loi destiné à moderniser l’ensemble de la filière. L’objectif est de mettre en place un dispositif conforme aux standards internationaux, couvrant toute la chaîne de valeur : création, financement, diffusion, protection des droits d’auteur, coproductions et nouveaux métiers du numérique. Cette réforme traduit la volonté de faire du cinéma une véritable industrie créatrice de richesse. Les grands enjeux de la réforme La révision du cadre juridique répond à plusieurs défis majeurs. Le premier est économique. Le cinéma peut générer des emplois, attirer des investissements et soutenir le développement d’autres secteurs de l’économie culturelle. Le deuxième est juridique. Les professionnels ont besoin d’un environnement réglementaire sécurisé pour protéger leurs œuvres, renforcer la confiance des investisseurs et faciliter les partenariats. Le troisième est technologique. L’essor de l’intelligence artificielle et des plateformes numériques impose une adaptation des règles relatives à la propriété intellectuelle et à la diffusion des contenus. Enfin, la réforme porte un enjeu culturel : préserver la diversité des expressions camerounaises et permettre au pays de mieux raconter ses propres histoires. Le défi de la compétitivité internationale L’ambition est également d’aligner le Cameroun sur les standards internationaux afin de faciliter les coproductions. Une législation modernisée renforcerait l’accès aux financements internationaux, aux plateformes mondiales de diffusion et aux réseaux africains de coopération, tout en offrant davantage de garanties aux investisseurs privés. Au-delà de la loi, un véritable écosystème à construire La réforme juridique constitue une étape essentielle, mais elle devra être accompagnée de politiques publiques ambitieuses : mécanismes de financement, réhabilitation des salles de cinéma, formation aux métiers de l’audiovisuel, lutte contre le piratage et soutien à la diffusion des œuvres nationales. Le développement de la filière passe également par une coopération renforcée entre l’État, le secteur privé et les partenaires internationaux. Vers une nouvelle ère pour le cinéma camerounais ? Le séminaire de Mbankomo marque le début d’une réforme longtemps attendue. Au-delà de la modernisation des textes, il ouvre la voie à une refonte du modèle économique, juridique et institutionnel du cinéma camerounais. Reste désormais à traduire cette volonté politique en actions concrètes. Si la future loi est accompagnée des investissements nécessaires, le Cameroun pourrait se doter d’une industrie cinématographique moderne, capable de protéger ses créateurs, d’attirer les investisseurs et de renforcer son rayonnement en Afrique et dans le monde. À l’heure où l’économie créative s’impose comme un moteur de développement, cette refondation représente une opportunité majeure pour un cinéma camerounais qui, malgré les difficultés, n’a jamais cessé de créer et d’innover. Les grandes figures du cinéma camerounais : Des pionniers aux ambassadeurs d’aujourd’hui Le cinéma camerounais s’est construit grâce à plusieurs générations de réalisateurs, producteurs et comédiens qui ont contribué à faire rayonner le pays sur les scènes africaines et internationales. (Photo : Bassek Ba Kobhio, le bâtisseur d’une industrie cinématographique nationale) (Photo : Jean-Pierre Bekolo, l’avant-garde du cinéma africain) (Photo : Jean-Marie Teno, le maître du documentaire engagé) (Photo : Rosine Mbakam, une voix féminine majeure du cinéma contemporain) (Photo : Enah Johnscott, l’émergence d’une nouvelle génération) Une relève qui porte l’avenir du cinéma camerounais Le paysage cinématographique national est également porté par des producteurs, scénaristes et comédiens qui participent au dynamisme de la filière, parmi lesquels Alenne Menget, Ebénézer Kepombia, réalisateur de Madame… Monsieur et acteur majeur de l’industrie audiovisuelle locale, ainsi que des actrices telles que Solange Owona, Syndy Emade ou Laura Onyama, qui contribuent au rayonnement du cinéma camerounais en Afrique. Un patrimoine à préserver et à valoriser De Bassek Ba Kobhio aux nouvelles générations de cinéastes, le Cameroun dispose ainsi d’un vivier de talents reconnu bien au-delà de ses frontières. La réforme du cadre juridique engagée par les pouvoirs publics pourrait offrir à ces créateurs un environnement plus favorable à la production, à la diffusion et à la valorisation de leurs œuvres, tout en favorisant l’émergence d’une industrie cinématographique compétitive à l’échelle