Afrique : Emmanuel Macron acte le retour du leadership sécuritaire africain
À Addis-Abeba, le président français admet les limites de l’interventionnisme occidental et mise désormais sur l’Union africaine pour gérer les crises du continent. En visite au siège de l’ Union africaine à Addis-Abeba (Ethiopie), le président français a envoyé un signal géopolitique majeur : la France veut désormais apparaître moins comme une puissance tutélaire que comme un partenaire d’appui au leadership africain. Dans un contexte marqué par le recul de l’influence française au Sahel, la montée des sentiments souverainistes africains et l’offensive diplomatique de nouvelles puissances comme la Chine, la Russie, la Turquie ou les Émirats, Paris tente de redéfinir sa doctrine africaine. Le symbole est fort. Pour la première fois, le chef de l’Etat française s’est exprimé au siège de l’UA aux côtés de Mahmoud Ali Youssouf et du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Une séquence diplomatique soigneusement calibrée pour montrer que les crises africaines doivent désormais être « résolues et coordonnées par l’Afrique ». Derrière cette formule, un basculement stratégique se dessine. Paris soutient l’autonomisation sécuritaire africaine Emmanuel Macron a annoncé l’organisation à Paris, d’ici la fin de l’année 2026, d’une conférence internationale destinée à mobiliser de nouveaux financements pour le Fonds pour la paix de l’Union africaine. Objectif : accélérer la montée en puissance des capacités africaines de maintien de la paix, de médiation et de gestion des crises. Quelque 400 millions de dollars ont déjà été mobilisés pour ce mécanisme, encore loin du milliard recherché par l’organisation continentale. La France soutient également la mise en œuvre effective de la résolution 2719 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2023, qui prévoit un financement plus structurel des opérations africaines de paix par les Nations unies. Pour Paris, l’enjeu est double : Une nouvelle doctrine après les revers du Sahel Cette inflexion intervient après plusieurs années de ruptures majeures entre la France et plusieurs États africains. Le retrait forcé des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger a profondément fragilisé la présence sécuritaire française en Afrique de l’Ouest. Face à cette perte d’influence, Paris cherche désormais à repositionner son rôle autour : Le discours d’Addis-Abeba confirme ainsi une évolution déjà perceptible lors du sommet « Africa Forward » organisé à Nairobi : la France veut désormais promouvoir une relation fondée sur l’investissement, les infrastructures et les partenariats stratégiques plutôt que sur l’assistance classique ou les opérations militaires directes. Ormuz, énergie et sécurité : l’Afrique devient centrale La visite d’Emmanuel Macron en Éthiopie intervient aussi dans un contexte mondial explosif. La crise autour du détroit d’Ormuz inquiète fortement les économies africaines dépendantes des importations énergétiques et des engrais. Le président français a ainsi annoncé vouloir soutenir les pays africains les plus exposés aux conséquences économiques de cette crise, notamment à travers des mécanismes de résilience énergétique et industrielle. Cette séquence confirme surtout une réalité géopolitique plus large : l’Afrique devient progressivement un acteur central des nouvelles recompositions mondiales. Énergie, minerais critiques, sécurité alimentaire, routes maritimes, intelligence artificielle, infrastructures numériques : le continent est désormais au cœur des rivalités stratégiques globales. L’Union africaine veut changer de statut Pour l’Union africaine, cette ouverture française constitue aussi une opportunité. L’organisation continentale cherche depuis plusieurs années à renforcer : Le soutien affiché par Paris au financement des missions africaines s’inscrit dans cette dynamique. Mais plusieurs diplomates africains restent prudents. Car derrière le discours sur le « partenariat équilibré », beaucoup voient aussi une tentative française de préserver ses positions dans un continent où son influence historique s’effrite rapidement. Une bataille d’influence désormais mondiale L’Afrique est devenue l’un des principaux terrains de compétition stratégique mondiale. Pendant que : La France tente de reconstruire une présence moins militaire et davantage institutionnelle. À Addis-Abeba, Emmanuel Macron a ainsi cherché à envoyer un message clair : la France veut rester un acteur africain majeur. Mais désormais, elle devra composer avec une Afrique plus souveraine, plus diversifiée diplomatiquement et beaucoup moins disposée à accepter les anciennes logiques d’influence.
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