Culture & Heritage

Le dernier Baromètre économique de la CEMAC publié par la Banque mondiale met en lumière un paradoxe : la hausse des prix du brut est désormais neutralisée par le déclin continu de la production nationale.

Cameroun : la flambée du pétrole ne profite plus à l’économie

Alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont propulsé les cours du pétrole à des niveaux inédits depuis plusieurs années, le Cameroun ne tire plus pleinement profit de cette embellie. Le dernier Baromètre économique de la CEMAC publié par la Banque mondiale met en lumière un paradoxe : la hausse des prix du brut est désormais neutralisée par le déclin continu de la production nationale. Longtemps considéré comme un soutien essentiel des finances publiques, le pétrole ne joue plus le rôle d’amortisseur économique qu’il assurait lors des précédents chocs pétroliers. Les chiffres sont révélateurs : en 2025, la production est tombée à 19,374 millions de barils, contre 21,377 millions un an plus tôt, tandis que les exportations ont reculé de 10 %. Un secteur pétrolier arrivé à maturité La situation trouve son origine dans un phénomène structurel. Comme plusieurs producteurs de la CEMAC, le Cameroun exploite des champs pétroliers vieillissants dont les rendements diminuent progressivement. La Banque mondiale souligne que cette baisse résulte du vieillissement des gisements et de l’insuffisance des investissements dans l’exploration et le développement de nouveaux champs. Autrement dit, même lorsque le prix du baril augmente, le pays dispose de moins de pétrole à vendre sur les marchés internationaux. Ce décalage explique pourquoi les recettes pétrolières progressent beaucoup moins vite qu’espéré. Une embellie qui masque une fragilité Le conflit au Moyen-Orient a fait bondir le cours du pétrole jusqu’à plus de 110 dollars le baril avant un reflux autour de 80 dollars. Pour des pays fortement exportateurs comme le Tchad, le Gabon ou la Guinée équatoriale, cette hausse représente une véritable bouffée d’oxygène budgétaire. Le Cameroun se trouve dans une situation différente. Son économie est plus diversifiée, mais sa production pétrolière est devenue insuffisante pour transformer la hausse des prix en véritable levier de croissance. Selon la Banque mondiale, la remontée des cours ne fera qu’atténuer la dégradation des comptes extérieurs sans inverser la tendance. Des conséquences directes sur les finances publiques Le recul de la rente pétrolière affecte directement les recettes de l’État. En 2025, le déficit budgétaire est passé de 1,5 % à 2,2 % du PIB, tandis que les recettes publiques ont diminué. Parallèlement, le déficit du compte courant s’est creusé à 4,2 % du PIB, signe que les importations progressent plus rapidement que les exportations. Cette évolution réduit les marges de manœuvre du gouvernement pour financer les infrastructures, les politiques sociales ou les investissements publics sans recourir davantage à l’endettement. Même si le ratio de la dette reste maîtrisé, la baisse durable des recettes pétrolières rend les finances publiques plus sensibles aux chocs extérieurs. Un changement de modèle économique s’impose Cette évolution confirme une réalité souvent évoquée par les économistes : le Cameroun entre progressivement dans une période « post-rente pétrolière ». Le pétrole continuera de contribuer aux recettes nationales, mais il ne pourra plus, à lui seul, soutenir durablement la croissance ni équilibrer les finances publiques. La Banque mondiale estime d’ailleurs que la croissance des prochaines années reposera davantage sur les secteurs non pétroliers, notamment l’énergie, l’industrie manufacturière, les services et les investissements privés. Le raccordement du barrage hydroélectrique de Nachtigal aux principaux bassins industriels devrait améliorer l’approvisionnement en électricité, réduire les coûts de production des entreprises et soutenir l’activité industrielle. Comment limiter les effets du déclin pétrolier ? Le premier défi consiste à relancer les investissements dans l’exploration afin de ralentir le déclin naturel des champs existants et d’encourager la découverte de nouveaux gisements économiquement exploitables. Mais cette stratégie ne suffira pas. Les spécialistes s’accordent sur la nécessité d’accélérer la diversification de l’économie. Le Cameroun dispose d’atouts importants dans l’agriculture, l’agro-industrie, le bois transformé, les mines, le numérique, le tourisme et les services logistiques. L’amélioration de la mobilisation des recettes fiscales non pétrolières constitue également un levier essentiel pour réduire la dépendance de l’État aux hydrocarbures. Enfin, la poursuite des investissements dans les infrastructures énergétiques, les transports et la transformation locale des matières premières permettra de renforcer la compétitivité de l’économie et d’élargir la base productive. Une transition devenue inévitable Le principal enseignement du Baromètre de la Banque mondiale est clair : le Cameroun ne peut plus compter sur les seules fluctuations favorables du marché pétrolier pour améliorer durablement sa situation économique. La hausse des cours constitue un soutien ponctuel, mais elle ne compense plus le recul de la production nationale. Dans ce nouveau contexte, la solidité des finances publiques dépendra moins du prix du baril que de la capacité du pays à moderniser son appareil productif, attirer les investissements et accélérer la diversification de son économie. Le véritable défi n’est donc plus de profiter d’une flambée des prix du pétrole, mais de préparer une économie capable de croître durablement lorsque cette rente ne jouera plus son rôle de moteur budgétaire. Simon Emmanuel Minyem

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La Douane change-t-elle de méthode ?

Ngaoundéré -Cameroun : des motos et cargaisons tombent dans les filets de la Douane

Trente motos, des médicaments, des téléphones et d’autres marchandises : la saisie opérée à Ngaoundéré révèle une nouvelle fois l’ampleur des flux qui échappent au contrôle de l’État. Derrière chaque cargaison interceptée se trouvent des recettes fiscales perdues, une concurrence déloyale pour les opérateurs en règle et des risques liés à la circulation de produits sensibles. Mais l’opération HALCOMI IV pose surtout une question : la Douane camerounaise est-elle en train de franchir un cap dans la lutte contre le commerce illicite ? La saisie réalisée le 17 septembre 2026 à Ngaoundéré intervient dans un contexte particulier. Elle a coïncidé avec le passage dans la ville d’une caravane nationale de sensibilisation contre la fraude et la contrebande, consacrée notamment aux boissons, aux produits surgelés et à d’autres marchandises sensibles. Ngaoundéré : un important espace de circulation des marchandises Les éléments de la mission spéciale HALCOMI IV, en collaboration avec les Forces de défense et de sécurité, ont intercepté 30 motocyclettes non dédouanées, huit ballots de produits pharmaceutiques, dix sacs d’emballages plastiques non biodégradables, dix colis de téléphones portables, trois cartons d’accessoires de téléphones et deux tricycles. L’opération illustre la pression exercée sur les circuits commerciaux dans l’Adamaoua. Positionnée entre le sud et le septentrion du Cameroun, avec des frontières avec le Nigeria et la République centrafricaine, la région constitue un important espace de circulation des marchandises. Cette position en fait à la fois un carrefour économique et une zone particulièrement sensible pour le contrôle douanier. Un manque à gagner pour l’économie Chaque marchandise qui échappe aux procédures légales représente potentiellement des droits et taxes non perçus par l’État. À l’échelle d’un pays, la fraude douanière peut donc réduire les recettes publiques et affaiblir les capacités de financement des politiques publiques. Mais le problème est aussi concurrentiel. L’opérateur qui acquitte droits, taxes et autres charges ne peut durablement rivaliser avec celui qui introduit ses marchandises en dehors des circuits réglementaires. La présence de produits pharmaceutiques ajoute une dimension sanitaire. Leur circulation clandestine pose la question de leur origine, de leur qualité et de leur traçabilité. La saisie d’emballages plastiques non biodégradables rappelle, elle, que le contrôle douanier participe également à l’application de certaines politiques environnementales. La Douane change-t-elle de méthode ? La caravane de sensibilisation et la rencontre entre la délégation conduite par le commandant Hugues Cyriaque Kuetche, les responsables locaux des Douanes et le gouverneur Kildadi Taguieke Boukar montrent que la lutte contre la contrebande ne repose plus uniquement sur les contrôles et les saisies. Elle associe désormais sensibilisation, renseignement, coordination administrative et coopération sécuritaire. HALCOMI constitue l’un des instruments de cette stratégie. Mais une saisie, aussi importante soit-elle, ne suffit pas à démontrer une amélioration globale de la performance douanière. Celle-ci devrait plutôt se mesurer dans la durée : évolution des recettes, efficacité des contrôles, digitalisation des procédures, rapidité du dédouanement, qualité du renseignement et réduction effective des circuits clandestins. Le véritable enjeu : tarir les circuits Pour l’Adamaoua, la perspective est donc claire : renforcer la surveillance des principaux axes commerciaux sans transformer le contrôle en obstacle au commerce légal. La coopération avec les pays voisins, l’exploitation des données, le ciblage des flux à risque et la sensibilisation des commerçants peuvent permettre d’aller au-delà de la simple logique de saisie. La Douane camerounaise semble ainsi renforcer son dispositif. Mais son véritable succès ne se mesurera pas au nombre de cargaisons interceptées. Il se mesurera à sa capacité à faire reculer durablement la fraude, à sécuriser les échanges et à faire de la voie légale la voie la plus naturelle pour les opérateurs économiques. Simon Emmanuel Minyem

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Idenau occupe une position stratégique sur le golfe de Guinée.

Sud-Ouest Cameroun : saisie d’effets militaires à Idenau et sécurité des frontières

La saisie, le 6 septembre 2026 à Idenau, d’une cargaison contenant des rangers et des tenues militaires dissimulées parmi des marchandises en provenance du Nigeria dépasse le simple cadre d’une infraction douanière. Dans une région marquée depuis près d’une décennie par un conflit armé, la découverte d’équipements à caractère militaire soulève inévitablement des questions sécuritaires. Pour l’heure, les autorités camerounaises demeurent prudentes. Aucun élément officiel ne permet d’établir un lien entre cette cargaison et un groupe armé ou une organisation criminelle. L’enquête ouverte devra précisément répondre à cette interrogation. Une saisie dans une zone particulièrement sensible Idenau occupe une position stratégique sur le golfe de Guinée. Sa proximité avec la frontière nigériane en fait un point de passage important pour les échanges commerciaux, mais également une zone où les services de sécurité redoublent de vigilance. Depuis le déclenchement de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en 2016, les autorités ont renforcé les contrôles aux principaux points d’entrée afin de limiter les trafics susceptibles d’alimenter l’insécurité. La découverte d’effets militaires non déclarés s’inscrit dans ce contexte de surveillance accrue. Pourquoi ces équipements attirent-ils l’attention ? Les rangers et les tenues de combat ne sont pas des armes. Leur importation n’implique donc pas, à elle seule, l’existence d’un trafic destiné à des groupes armés. En revanche, leur caractère militaire justifie une vigilance particulière. Ces équipements peuvent être utilisés par des forces régulières, des sociétés de sécurité privées, des chasseurs, mais aussi par des individus cherchant à se fondre dans un environnement militaire ou à usurper une qualité officielle. C’est précisément cette diversité d’usages qui rend indispensable une enquête approfondie. Plusieurs hypothèses, aucune certitude Les investigations devront déterminer la destination réelle de la cargaison. Une première hypothèse est celle d’une fraude douanière classique. Les marchandises auraient été volontairement soustraites aux formalités déclaratives afin d’échapper aux droits et taxes. Une deuxième possibilité est celle d’un commerce parallèle d’effets militaires destinés au marché informel, où ce type d’équipement est parfois recherché pour des usages civils ou professionnels. Enfin, les enquêteurs devront naturellement vérifier si ces articles étaient destinés à alimenter des réseaux criminels ou des groupes armés. À ce stade, aucun fait rendu public ne permet toutefois d’étayer cette hypothèse. Le conflit dans les régions anglophones en toile de fond Il est difficile d’analyser cette affaire sans tenir compte du contexte sécuritaire du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Depuis plusieurs années, ces régions connaissent une circulation clandestine d’armes, de munitions et de divers équipements logistiques, favorisée par la porosité de certaines portions de la frontière avec le Nigeria. Les forces de défense et de sécurité multiplient régulièrement les opérations destinées à démanteler ces filières. Toutefois, attribuer cette saisie au conflit séparatiste serait, à ce stade, aller au-delà des éléments disponibles. Qui pourrait être derrière cette cargaison ? C’est l’une des principales questions de l’enquête. Les commanditaires pourraient être des importateurs ayant cherché à contourner la réglementation douanière, des réseaux de contrebande spécialisés dans les équipements sensibles ou d’autres acteurs dont les motivations restent à établir. Toute désignation d’un responsable serait aujourd’hui spéculative. Seules les investigations permettront d’identifier les propriétaires des marchandises, les intermédiaires impliqués et leur destination finale. Une vigilance appelée à se renforcer Cette interception illustre l’importance stratégique des contrôles douaniers dans la sécurité nationale. Les administrations douanières ne jouent plus seulement un rôle fiscal : elles participent également à la lutte contre les trafics transfrontaliers, les réseaux criminels et les flux susceptibles d’alimenter l’insécurité. Dans une sous-région confrontée à la menace de groupes armés, au terrorisme et à la criminalité organisée, chaque saisie de matériel sensible fait désormais l’objet d’une attention particulière. Au-delà de la nature exacte de cette cargaison, l’affaire rappelle que la sécurisation des frontières camerounaises demeure un enjeu majeur. Les conclusions de l’enquête seront déterminantes pour établir si cette interception relève d’une simple fraude douanière ou révèle l’existence d’un réseau plus structuré d’approvisionnement en équipements militaires. Simon Emmanuel Minyem Haut du formulaire

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S'agit-il d'une retour à l'opération épervier,

Cameroun : les maires à l’heure de la reddition des comptes

La convocation simultanée de neuf maires en exercice et d’un ancien maire par le Contrôle supérieur de l’État (Consup) constitue l’un des faits administratifs majeurs de cette rentrée politique au Cameroun. Derrière le communiqué publié le 17 septembre 2026 se dessine une affaire qui dépasse le cadre des collectivités territoriales. Elle pose la question de la gouvernance locale, de la reddition des comptes et du renforcement du contrôle des finances publiques. Le document signé par Rose Mbah Acha Fomundam, ministre déléguée à la Présidence de la République chargée du Contrôle supérieur de l’État et présidente du Conseil de discipline budgétaire et financière (CDBF), somme les responsables concernés de se présenter « impérativement » au secrétariat permanent du Conseil. Aucun grief précis n’est rendu public, si ce n’est l’existence d’une « affaire très urgente ». Cette discrétion alimente les interrogations. Une procédure qui ne relève pas du hasard Le Conseil de discipline budgétaire et financière n’intervient généralement qu’à l’issue de contrôles ou d’audits ayant révélé de possibles fautes de gestion. Dans la pratique, une convocation devant cette juridiction administrative signifie qu’une phase d’investigation a déjà été menée. Les personnes concernées sont alors appelées à présenter leurs explications avant toute décision. Il s’agit donc d’une étape de la procédure et non d’une condamnation. Les élus convoqués bénéficient pleinement de leur droit à la défense. Que peut-on reprocher à ces maires ? À ce stade, aucune accusation officielle n’a été formulée. Toute conclusion serait donc prématurée. L’expérience des dossiers déjà examinés par le CDBF montre toutefois que cette juridiction est généralement saisie pour des irrégularités telles que : Le CDBF peut également sanctionner des négligences graves, même lorsqu’aucun détournement de fonds n’est établi. S’agit-il d’un retour de l’Opération Épervier ? La question est légitime, mais il convient de distinguer les deux mécanismes. Depuis près de vingt ans, l’Opération Épervier incarne la lutte contre la corruption à travers des poursuites judiciaires visant principalement d’anciens ministres, directeurs généraux et hauts responsables publics. Le Consup agit, quant à lui, dans le champ du contrôle administratif. Son Conseil de discipline budgétaire et financière peut prononcer des sanctions administratives ou financières sans qu’une procédure pénale soit engagée. En revanche, si les investigations révèlent des infractions pénales, les dossiers peuvent être transmis aux juridictions compétentes, notamment au Tribunal criminel spécial. Une première dans l’histoire des communes camerounaises ? La réponse est non. Des maires ont déjà été traduits devant le CDBF au cours des deux dernières décennies et certains ont été sanctionnés à la suite d’audits de gestion. La nouveauté réside dans l’ampleur de cette procédure. La convocation simultanée d’élus issus de plusieurs régions est peu fréquente et traduit la volonté des autorités de renforcer le contrôle sur la gestion des collectivités territoriales. Le contexte de la décentralisation Cette affaire intervient alors que les communes disposent de compétences et de ressources de plus en plus importantes dans le cadre de la décentralisation. Cette montée en puissance s’accompagne d’une exigence accrue de transparence. Les citoyens comme les partenaires de développement attendent une gestion plus rigoureuse des finances locales, ce qui renforce le rôle des institutions de contrôle. Quels enseignements attendre ? Trois scénarios sont envisageables : de simples rappels aux règles de gestion assortis, le cas échéant, d’amendes administratives ; des sanctions disciplinaires plus lourdes si des fautes graves sont établies ; ou, enfin, la transmission de certains dossiers à la justice si des infractions pénales sont constatées. Quelle que soit l’issue, cette procédure rappelle que les collectivités territoriales sont désormais au cœur de la politique de redevabilité et de contrôle de la dépense publique. Entre exemplarité et présomption d’innocence Aucun des maires convoqués n’a, à ce stade, été reconnu coupable. La convocation constitue une étape procédurale destinée à permettre aux intéressés de répondre aux observations formulées à leur encontre. Au-delà du sort individuel des élus concernés, cette affaire sera observée comme un test de la capacité des institutions camerounaises à concilier transparence, discipline budgétaire, respect des droits de la défense et crédibilité du contrôle de la gestion publique locale. Simon Emmanuel Minyem

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À Dakar, la bataille des grands chantiers annonce peut-être celle de la prochaine décennie : moins une compétition d’influence qu’une compétition d’offres.

Sénégal : la Chine, la Turquie et les Émirats bousculent le modèle français

De Ndayane à Diamniadio, les grands chantiers sénégalais illustrent la recomposition de la compétition économique. Le prix, le financement et l’ancrage local deviennent aussi déterminants que l’héritage historique. Le paysage des grands travaux change au Sénégal. Port de Ndayane, ville nouvelle de Diamniadio, plateformes industrielles, infrastructures énergétiques et logistiques : les entreprises chinoises, turques et émiraties occupent désormais une place croissante dans les grands projets du pays. Le phénomène ne signifie pas pour autant la disparition française. Mais il marque la fin d’une position longtemps privilégiée. La France demeure un partenaire économique important du Sénégal : elle représentait encore 12 % des importations sénégalaises en 2023 et comptait environ 270 entreprises et entités de droit sénégalais détenues par des ressortissants français. Son poids dans le stock d’investissements étrangers a toutefois fortement diminué par rapport à 2015. Ndayane, le symbole Le futur port en eau profonde de Ndayane illustre cette nouvelle compétition. Le projet est piloté par l’émirati DP World et les travaux ont été attribués à un consortium international à dominante chinoise. Selon des informations rapportées par France Télévisions et reprises par la presse sénégalaise, l’offre du groupement emmené par Eiffage aurait été environ 20 % plus élevée que celle retenue. Le message est clair : l’excellence technique ne suffit plus lorsque l’écart de prix devient déterminant. À Diamniadio, la présence turque est également devenue visible dans plusieurs infrastructures. Les autorités sénégalaises reconnaissent d’ailleurs le rôle joué par les entreprises turques dans le développement de la nouvelle ville et continuent d’élargir cette coopération à l’industrie, à l’énergie et à la construction. Le modèle français doit évoluer Certaines entreprises françaises ont compris cette transformation. Le groupe Ragni, par exemple, a créé une filiale au Sénégal et déploie 36 000 lampadaires solaires pour l’ANER, avec une logique d’ancrage local et de transfert de compétences. C’est peut-être là que se trouve la nouvelle équation africaine : ne plus simplement vendre depuis la France, mais produire, former, financer, recruter localement et construire des partenariats durables. La compétition chinoise, turque ou émiratie n’est donc pas seulement une question de prix. Elle repose aussi sur des capacités de financement, des délais d’exécution, des offres intégrées et une présence industrielle croissante. Une nouvelle bataille pour l’Afrique Pour Dakar, cette concurrence peut constituer un levier de négociation. La diversification des partenaires permet de comparer les offres, de réduire les dépendances et de rechercher davantage de valeur ajoutée locale. Pour les Européens, en revanche, le changement est structurel. Le marché africain n’est plus captif, et l’histoire ne constitue plus un avantage commercial suffisant. La question n’est donc pas de savoir si la France doit quitter le Sénégal. Elle doit plutôt répondre à une autre question : comment rester compétitive dans une Afrique qui négocie désormais avec Pékin, Ankara, Abou Dhabi et d’autres partenaires selon des critères de prix, de financement, de technologie et de transfert de compétences ? À Dakar, la bataille des grands chantiers annonce peut-être celle de la prochaine décennie : moins une compétition d’influence qu’une compétition d’offres.

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