Pour l’Afrique centrale, cela ouvre une autre bataille : celle de la maintenance aéronautique, de la formation et du fret.

Afrique centrale : le ciel, nouvelle frontière de l’intégration

Avec une flotte commerciale africaine appelée à plus que doubler d’ici 2045, l’aviation peut devenir l’un des moteurs de l’intégration régionale. Pour l’Afrique centrale, l’enjeu n’est plus seulement de transporter davantage de passagers, mais de connecter les capitales, fluidifier les échanges, créer des emplois et bâtir une filière aéronautique rentable.

Le chiffre est spectaculaire : selon les perspectives 2026-2045 de Boeing, la flotte commerciale africaine passerait de 755 appareils en 2025 à 1 625 en 2045, avec 1 165 avions à livrer sur vingt ans. Les monocouloirs représenteraient 870 appareils, soit près des trois quarts des nouvelles livraisons. Une évolution qui confirme la montée en puissance des liaisons intérieures et régionales.

Le trafic passagers à l’intérieur du continent devrait progresser de 6,5 % par an jusqu’en 2045. Celui entre l’Afrique et le Moyen-Orient atteindrait même 7,1 % par an. L’Europe, avec 3,4 %, progresserait plus lentement. Le centre de gravité du transport aérien africain est donc appelé à se déplacer progressivement vers les marchés africains eux-mêmes et les nouvelles connexions Sud-Sud.

La CEMAC face au défi de l’interconnexion

Pour l’Afrique centrale, cette mutation représente une opportunité stratégique. Douala, Yaoundé, Libreville, Brazzaville, Pointe-Noire, Malabo, N’Djamena et Bangui pourraient constituer les maillons d’un véritable réseau aérien régional.

Aujourd’hui, l’insuffisance des liaisons directes, leur coût et la fragmentation des marchés pénalisent encore les échanges. Pour aller d’une capitale à une autre, les voyageurs doivent parfois passer par des hubs extérieurs à la région. Cette situation renchérit les déplacements et réduit la compétitivité des entreprises.

L’aviation pourrait ainsi devenir un outil concret de la libre circulation en CEMAC. Davantage de vols directs entre les capitales signifierait davantage de mobilité pour les travailleurs, les étudiants, les touristes, les investisseurs et les commerçants. L’interconnexion aérienne viendrait compléter les corridors routiers et ferroviaires et contribuerait à créer un véritable marché régional.

Créer une économie autour de l’avion

L’enjeu économique est considérable. Boeing estime à 140 milliards de dollars le marché africain des services aéronautiques entre 2026 et 2045 : maintenance, réparation, révision, modifications et services numériques. La flotte cargo devrait également passer de 60 à 150 appareils, portée par la logistique, le commerce électronique et l’essor des exportations.

Pour l’Afrique centrale, cela ouvre une autre bataille : celle de la maintenance aéronautique, de la formation et du fret. Pourquoi ne pas développer autour de Douala, par exemple, un véritable pôle régional de maintenance et de services aéronautiques, connecté aux grands marchés de la CEMAC ?

L’objectif serait de capter une partie de la valeur aujourd’hui réalisée hors de la région : maintenance, pièces détachées, ingénierie, formation des pilotes et techniciens, services numériques, restauration aérienne, logistique et handling.

75 000 emplois à créer

La croissance du secteur nécessitera 75 000 professionnels supplémentaires en Afrique, dont 22 000 pilotes, 25 000 techniciens et 28 000 personnels navigants commerciaux. Pour les pays d’Afrique centrale, c’est une occasion de transformer la croissance du trafic en politique industrielle et de formation professionnelle.

Des académies régionales de pilotes, techniciens et métiers aéroportuaires pourraient répondre à cette demande tout en créant des emplois qualifiés pour une population particulièrement jeune. Mais la rentabilité sera déterminante. Multiplier les vols sans remplir les avions ni maîtriser les coûts ne suffira pas.

Il faudra mutualiser certaines infrastructures, optimiser les créneaux, développer le fret, numériser les procédures et construire des modèles commerciaux adaptés aux flux régionaux. L’enjeu n’est donc pas de posséder davantage d’avions, mais de construire autour d’eux une économie.

Si la CEMAC parvient à connecter ses capitales, ses ports, ses zones industrielles et ses marchés, l’aviation pourrait devenir bien davantage qu’un moyen de transport : une infrastructure de l’intégration régionale, un accélérateur du commerce et un puissant réservoir d’emplois.

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