La CAN, une affaire de souveraineté sportive

CAN : Patrice Motsepe fait marche arrière, l’Afrique du football revient à sas fondamentaux

Après avoir annoncé le passage à une CAN tous les quatre ans à partir de 2028, la CAF rétablit le rythme biennal. Un revirement spectaculaire qui relance le débat sur la gouvernance du football africain, la souveraineté de ses compétitions et les pressions du calendrier international.

La CAN n’est pas morte tous les deux ans ! Le 29 octobre 2026, à l’issue d’une réunion de son Comité exécutif, la Confédération africaine de football (CAF) a finalement décidé de maintenir l’organisation de sa compétition phare tous les deux ans.

Un spectaculaire retour en arrière qui désavoue, au moins dans son principe, la réforme annoncée dix mois plus tôt par son président, Patrice Motsepe. Le 20 décembre 2025, à Rabat, à la veille de la 35ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations, le Comité exécutif avait pourtant acté le passage à une périodicité quadriennale à compter de 2028.

L’argument avancé était celui d’une meilleure synchronisation avec le calendrier international, notamment celui de la FIFA et des grandes compétitions mondiales. La réforme devait également s’accompagner de la création d’une Ligue des Nations africaine, organisée tous les deux ans, afin de maintenir une activité régulière des sélections nationales. Dix mois plus tard, changement de cap !

Le calendrier international ne dictera plus seul sa loi ?

Dans son communiqué, la CAF présente cette nouvelle orientation comme le résultat des discussions de sa Conférence stratégique, organisée du 7 au 9 octobre 2026 au Cap-Vert. Patrice Motsepe justifie le rétablissement du rythme biennal par la nécessité de « faire progresser, de protéger et de promouvoir les intérêts du football africain et des 54 Associations Membres de la CAF ».

Mais aussi ceux des joueurs africains évoluant dans les clubs hors du continent. Cette justification est révélatrice d’un arbitrage complexe. La CAN représente bien davantage qu’une compétition sportive : elle constitue un patrimoine continental, un puissant levier économique, un marché audiovisuel et un instrument de rayonnement international.

En espaçant les éditions, la CAF risquait de fragiliser la visibilité de son produit phare, les revenus associés à sa commercialisation et les retombées économiques pour les fédérations nationales. Mais le problème dépasse la seule question financière. La périodicité de la CAN cristallise depuis longtemps une opposition d’intérêts entre les fédérations africaines.

S’y ajoutent les clubs européens et les organisateurs des compétitions internationales. Les clubs employant les meilleurs internationaux africains souhaitent limiter les périodes de mise à disposition des joueurs. Les fédérations, elles, défendent leur droit à organiser une compétition continentale majeure selon leurs propres priorités.

La Ligue des Nations africaine, déjà fragilisée ?

Le retour à une CAN biennale pose aussi une question institutionnelle : quel avenir pour la Ligue des Nations africaine annoncée en décembre 2025 ?Cette nouvelle compétition devait précisément occuper l’espace laissé vacant par le passage de la CAN à quatre ans. Le rétablissement du rythme biennal oblige désormais la CAF à clarifier sa stratégie.

Faudra-t-il maintenir cette Ligue des Nations, la transformer ou revoir son calendrier ? Le communiqué évoqué ne permet pas encore de trancher. Une chose est certaine : la succession de décisions révèle la difficulté de construire un calendrier continental cohérent sans compromettre les intérêts sportifs et économiques des différentes parties prenantes.

2027, 2028, 2031, 2033 : un calendrier à clarifier

La CAF confirme que la 36? édition de la CAN se déroulera en 2027 au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, une organisation tripartite inédite pour la compétition. Les éditions suivantes sont annoncées pour 2028, 2031 et 2033.

Cette programmation appelle toutefois des précisions : le maintien du rythme biennal devra être concilié avec les dates annoncées et le calendrier international. Le fait que la CAN quadriennale n’ait encore connu aucune édition souligne surtout que la réforme de 2025 aura été abandonnée avant même son entrée en application.

La CAN, une affaire de souveraineté sportive

Au fond, cette volte-face pose une question essentielle : qui décide de l’avenir du football africain ? La CAF doit naturellement tenir compte des contraintes internationales, des clubs employeurs, des diffuseurs et des partenaires commerciaux. Mais elle ne peut construire son modèle uniquement à partir des intérêts des acteurs les plus puissants du football mondial.

La CAN demeure l’une des rares compétitions capables de mobiliser simultanément les peuples, les économies, les médias et les diasporas africaines. Sa fréquence participe de son identité et de sa valeur. En rétablissant le rythme biennal, Patrice Motsepe ne rétablit pas seulement un calendrier : il réaffirme la place centrale de la CAN dans l’écosystème sportif africain.

Mais le véritable défi reste entier : faire du football africain une puissance économique et institutionnelle, plutôt qu’un simple réservoir de talents au service des grands championnats étrangers.

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