La visite d’État de Mamadi Doumbouya à Abidjan, la deuxième depuis son arrivée au pouvoir, confirme le rapprochement entre Conakry et Yamoussoukro. Derrière les déclarations d’amitié et de coopération se dessine une volonté de densifier un partenariat économique, politique et sécuritaire dans une Afrique de l’Ouest en recomposition.
Dimanche 13 septembre, le président ivoirien Alassane Ouattara a reçu en sa résidence d’Abidjan-Cocody son homologue guinéen Mamadi Doumbouya, au terme d’une visite d’État de 48 heures entamée le 11 septembre. Les deux dirigeants ont salué l’« excellence » des relations entre leurs pays et affiché leur volonté de les diversifier et de les renforcer dans les domaines économique, commercial, politique, sécuritaire et de la formation.
Le déplacement intervient sous le signe de « l’unité, de la paix et du panafricanisme », selon les autorités guinéennes. Il constitue surtout la deuxième visite de Mamadi Doumbouya en Côte d’Ivoire depuis son accession au pouvoir en septembre 2021, après celle des 17 et 18 juin 2025.
Un rapprochement qui dépasse le protocole
La répétition de ces contacts au plus haut niveau traduit une volonté d’installer le dialogue dans la durée. Pour Conakry, Abidjan représente l’un des principaux pôles économiques et diplomatiques de l’Afrique de l’Ouest. Pour la Côte d’Ivoire, le rapprochement avec la Guinée ouvre des perspectives dans un pays doté d’importantes ressources minières, notamment de bauxite, et situé au carrefour de plusieurs dynamiques régionales.
L’enjeu est désormais de transformer les déclarations politiques en projets concrets : commerce, infrastructures, énergie, formation, investissements et coopération sécuritaire. Le choix de ces secteurs n’est pas anodin. Il correspond aux besoins d’une Guinée qui cherche à accélérer sa transformation économique et à une Côte d’Ivoire qui entend conforter son rôle de puissance économique régionale.
La Guinée, partenaire stratégique
La Guinée dispose d’un potentiel minier considérable, notamment dans la bauxite, dont elle est l’un des principaux producteurs mondiaux. Mais le défi de Conakry est désormais celui de la transformation locale, des infrastructures et de la diversification économique. La Côte d’Ivoire dispose, de son côté, d’un appareil économique plus diversifié, d’infrastructures portuaires et logistiques importantes et d’un secteur privé relativement structuré.
Une coopération renforcée pourrait donc rechercher des complémentarités plutôt qu’une simple augmentation des échanges commerciaux. L’enjeu serait de connecter davantage les deux économies, notamment à travers les corridors de transport, les échanges de biens et de services, la formation professionnelle et les investissements privés.
Un contexte ouest-africain en mutation
Cette diplomatie bilatérale intervient surtout dans une région profondément transformée depuis plusieurs années. Les relations entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et les régimes militaires issus des coups d’État restent complexes, tandis que les équilibres entre États membres évoluent.
Dans ce contexte, le rapprochement entre Abidjan et Conakry peut être lu comme une volonté de maintenir des canaux de coopération entre États aux trajectoires politiques différentes. Il serait toutefois excessif d’y voir la naissance d’une nouvelle alliance régionale. Les deux capitales ont avant tout intérêt à consolider un partenariat bilatéral pragmatique.
De l’amitié à l’interdépendance
La présence de la communauté guinéenne en Côte d’Ivoire a également donné une dimension populaire à la visite. À l’arrivée de Mamadi Doumbouya à Abidjan, une importante délégation de ressortissants guinéens s’était mobilisée autour de l’aéroport Félix-Houphouët-Boigny. Cette dimension humaine rappelle que les relations entre les deux pays ne reposent pas uniquement sur les institutions.
Elles s’appuient également sur des flux de population, des réseaux économiques et des liens sociaux anciens. Pour Alassane Ouattara comme pour Mamadi Doumbouya, le défi sera désormais de donner un contenu mesurable à cette proximité. L’axe Abidjan-Conakry ne demande plus à être proclamé : il doit désormais être construit.
Commerce, infrastructures, énergie, sécurité, formation et investissements seront les véritables indicateurs de sa solidité. Dans une Afrique de l’Ouest en pleine recomposition, la relation ivoiro-guinéenne pourrait ainsi devenir moins une affaire de protocole qu’un laboratoire de coopération entre deux États aux trajectoires différentes, mais aux intérêts de plus en plus convergents.