Avec un programme d’investissements évalué à 1 125,1 milliards de FCFA, la Mission d’aménagement et de gestion des zones industrielles (MAGZI) affiche l’une des ambitions les plus importantes de ces dernières années en matière d’industrialisation. L’objectif est de moderniser les zones industrielles existantes et d’en créer de nouvelles afin d’attirer davantage d’investisseurs. Mais derrière l’ampleur des chiffres, une question demeure : ce projet marque-t-il un véritable tournant industriel ou s’agit-il d’une ambition qui devra encore franchir l’épreuve décisive du financement et de l’exécution ? Un projet qui répond à une faiblesse structurelle Depuis plusieurs décennies, le Cameroun ambitionne de transformer localement une plus grande partie de ses matières premières. Pourtant, l’industrie continue de contribuer modestement à la richesse nationale, tandis que le pays exporte encore une large part de son cacao, de son coton, de son bois ou de ses minerais sous forme brute. L’une des explications réside dans l’insuffisance d’espaces industriels modernes. Nombre de zones gérées par la MAGZI souffrent aujourd’hui de voiries dégradées, d’un accès irrégulier à l’électricité, d’un déficit d’assainissement, de difficultés foncières et de services logistiques insuffisants. Pour les investisseurs, ces contraintes augmentent le coût d’installation et réduisent la compétitivité de la production locale. Le programme annoncé entend précisément corriger ces faiblesses en développant des zones intégrées, mieux connectées aux réseaux d’énergie, d’eau, de transport et de télécommunications. Plus de 1 100 milliards : une ambition à la hauteur des besoins L’enveloppe annoncée est considérable. À elle seule, elle traduit l’ampleur des investissements nécessaires pour rattraper plusieurs décennies de sous-investissement dans les infrastructures industrielles. La finalité dépasse la simple réhabilitation des sites existants. Il s’agit de créer un environnement capable d’accueillir des industries de transformation dans des secteurs jugés prioritaires. Notamment l’agro-industrie, la transformation du bois, le textile, les matériaux de construction, la pharmacie ou encore métallurgie. À terme, l’État espère accroître la valeur ajoutée produite localement, réduire les importations de produits manufacturés, renforcer les exportations industrielles et créer des milliers d’emplois qualifiés.la La MAGZI a-t-elle les moyens de ses ambitions ? C’est probablement la principale interrogation. La MAGZI dispose d’une expertise reconnue dans l’aménagement des zones industrielles, mais un programme de plus de 1 100 milliards de FCFA dépasse largement les capacités financières propres de l’établissement public. Sa réussite dépendra donc de plusieurs facteurs : les financements de l’État, l’appui des partenaires techniques et financiers,. Il faudra également recourir aux partenariats public-privé et la capacité à attirer des investisseurs privés. Autrement dit, les 1 125 milliards annoncés correspondent davantage au coût global du programme qu’à des ressources déjà disponibles. La crédibilité du projet reposera sur un calendrier précis des investissements, la mobilisation progressive des financements et une gouvernance irréprochable. L’enjeu ne se limite pas aux infrastructures Construire des routes, installer des réseaux électriques ou viabiliser des terrains ne garantit pas, à lui seul, l’arrivée des industriels. Les investisseurs recherchent également une fiscalité stable, une administration efficace, un foncier sécurisé, une justice commerciale prévisible et un accès fiable à l’énergie. Sans ces réformes complémentaires, certaines zones industrielles risqueraient de demeurer sous-occupées malgré les investissements réalisés. La modernisation de la MAGZI devra ainsi s’inscrire dans une stratégie plus large d’amélioration du climat des affaires. Un test grandeur nature de la politique industrielle Le projet constitue sans doute l’un des principaux tests de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, qui fait de l’industrialisation l’un des moteurs de la transformation économique du Cameroun. S’il est conduit avec rigueur, il pourrait accélérer la transformation locale des matières premières, attirer de nouveaux investisseurs. Mais aussi,, développer des chaînes de valeur nationales et renforcer les recettes fiscales. À l’inverse, si les financements tardent, si les travaux connaissent des retards ou si la gouvernance fait défaut, cette annonce pourrait rejoindre la longue liste des ambitions industrielles restées inachevées. La question n’est donc pas de savoir si le Cameroun a besoin de zones industrielles modernes : ce besoin fait aujourd’hui consensus. Le véritable défi est d’assurer la cohérence entre la vision, les financements et l’exécution. C’est à cette condition que les 1 125 milliards de FCFA annoncés pourront devenir autre chose qu’une promesse. Simon Emmanuel Minyem