Économie camerounaise : le GECAM sonne l’alarme à l’approche de 2027

Pour le GECAM, cette configuration traduit une croissance qui résiste, sans véritablement transformer l'économie.

Croissance jugée insuffisante, crise énergétique persistante, recul de l’investissement public, pression fiscale et difficultés d’accès au crédit : à l’occasion de la deuxième édition de la Rentrée économique du Patronat, le Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) a dressé un diagnostic préoccupant de l’économie nationale.

Au-delà du plaidoyer patronal, cette prise de parole soulève une question centrale : le modèle actuel de croissance est-il encore capable de créer suffisamment de richesses, d’emplois et de pouvoir d’achat ?

Une croissance qui peine à transformer l’économie

Avec une croissance estimée à 3,5 % en 2025, l’économie camerounaise continue de progresser, mais à un rythme que le secteur privé juge insuffisant au regard des besoins du pays. Derrière cette moyenne se cache une réalité plus contrastée : les services demeurent le principal moteur de l’activité.

L’agriculture et l’industrie, secteurs pourtant essentiels à la création d’emplois et à la transformation locale, affichent une dynamique plus fragile. Pour le GECAM, cette configuration traduit une croissance qui résiste, sans véritablement transformer l’économie.

Or, dans un pays où la population active augmente rapidement, une croissance modérée ne suffit pas à absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail ni à améliorer durablement les revenus des ménages.

L’énergie, premier frein à la compétitivité

Parmi les préoccupations exprimées par le patronat, la crise de l’électricité occupe une place centrale. Selon le GECAM, près de 65 % des entreprises doivent recourir à des groupes électrogènes pour assurer la continuité de leurs activités.

Cette dépendance renchérit les coûts de production, réduit les marges des entreprises et affaiblit leur compétitivité face aux produits importés. Les petites et moyennes entreprises, moins capitalisées, sont les premières à en subir les conséquences. À terme, ces surcoûts peuvent être répercutés sur les prix, contribuant à éroder le pouvoir d’achat des consommateurs.

Fiscalité, investissement et crédit : un équilibre fragile

Le patronat s’inquiète également du ralentissement de l’investissement public observé au premier trimestre 2026, alors que celui-ci joue traditionnellement un rôle d’entraînement pour le secteur privé, notamment dans les infrastructures et le bâtiment. À cela s’ajoute une pression fiscale que les entreprises jugent de plus en plus lourde.

Si l’État cherche légitimement à mobiliser davantage de recettes pour financer les politiques publiques, les opérateurs économiques estiment qu’une fiscalité trop pesante peut freiner l’investissement, encourager l’informalité et limiter les capacités d’embauche. Autre sujet de préoccupation : l’accès au financement.

Dans un contexte de taux d’intérêt élevés et de conditions de crédit plus strictes, de nombreuses PME peinent à financer leurs projets, ce qui ralentit leur développement.

L’État dispose-t-il de marges de manœuvre ?

Les difficultés évoquées par le GECAM ne sont pas propres au Cameroun. Elles s’inscrivent dans un environnement international marqué par les tensions sur les marchés, le renchérissement du coût du financement et les effets persistants des crises récentes. Pour autant, plusieurs leviers demeurent à la portée des pouvoirs publics.

L’accélération des investissements dans la production et le transport de l’électricité, l’amélioration du climat des affaires, la simplification des procédures administratives, un meilleur accompagnement des PME et le renforcement des mécanismes de financement constituent autant de pistes régulièrement mises en avant par les économistes.

Le développement de la transformation locale des matières premières et la promotion du « Made in Cameroon », défendue par le GECAM, pourraient également contribuer à réduire les importations, créer davantage de valeur ajoutée et soutenir l’emploi.

Une alerte à prendre au sérieux

Le message du patronat intervient à quelques mois des Rencontres économiques du Cameroun prévues en février 2027. Plus qu’un simple constat, il se veut une invitation au dialogue entre l’État et le secteur privé.

L’enjeu dépasse les intérêts des entreprises. Une économie plus compétitive signifie davantage d’investissements, plus d’emplois et, à terme, une amélioration des revenus des ménages. À l’inverse, si les contraintes structurelles persistent, le risque est de voir ralentir davantage la croissance et se creuser les difficultés sociales.

L’alerte du GECAM ne doit donc ni être dramatisée ni minimisée. Elle rappelle surtout que les ambitions d’émergence du Cameroun dépendront de la capacité des pouvoirs publics et des acteurs économiques à lever les principaux freins à l’investissement, à restaurer la confiance et à bâtir une croissance plus inclusive, capable de profiter aussi bien aux entreprises qu’aux populations.

Simon Emmanuel Minyem

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