Kikot-Mbebe : le grand pari énergétique du Cameroun

Parmi les interlocuteurs cités figurent notamment la SFI, Proparco, la BAt, la Banque islamique de développement, Afreximbank, KfW et BNP Paribas, ainsi que des banques camerounaises.

Plus de 50 institutions financières ont manifesté leur intérêt pour le barrage hydroélectrique de Kikot-Mbebe, mais le projet de 500 MW reste confronté à une incertitude majeure : son coût définitif.

Entre les 872 milliards de FCFA inscrits dans la programmation budgétaire de l’État et les 1 620 milliards issus de l’avant-projet détaillé, l’écart atteint 748 milliards. À l’approche de la recherche du financement définitif, cette divergence devra être clarifiée.

Un projet qui franchit progressivement les étapes

Kikot-Mbebe n’est plus au stade de la simple intention. Porté par la Kikot-Mbebe Hydro Power Company (KHPC), détenue à parts égales par l’État du Cameroun et EDF, le projet prévoit une centrale de 500 MW sur la Sanaga, six turbines, un barrage de 35 mètres de hauteur et 1 400 mètres de linéaire, ainsi qu’une ligne de transport de 400 kV jusqu’à Boumnyebel.

3,3 TWh d’électricité renouvelable par an.

La centrale devrait produire environ 3,3 TWh d’électricité renouvelable par an. En juillet 2026, le projet a obtenu son Certificat de conformité environnementale, une étape importante dans sa préparation.

KHPC a également présélectionné des entreprises pour les principaux lots : génie civil, équipements électromécaniques, lignes et poste électrique. La clôture financière, préalable au démarrage des principaux travaux, est envisagée au plus tôt au second semestre 2027, tandis que la programmation gouvernementale prévoit une réalisation entre 2028 et 2032.

Le financement, prochain test décisif

La mobilisation des capitaux constitue désormais l’un des principaux enjeux. Plus de 50 institutions ont manifesté leur intérêt à l’issue du market sounding organisé par KHPC. Parmi les interlocuteurs cités figurent notamment la SFI, Proparco, la BAD, la Banque islamique de développement, Afreximbank, KfW et BNP Paribas, ainsi que des banques camerounaises.

Mais intérêt ne signifie pas engagement. Les discussions bilatérales doivent permettre aux prêteurs d’examiner les aspects techniques, financiers, environnementaux et contractuels avant toute décision. Une conférence des bailleurs est également envisagée par le gouvernement.

748 milliards de différence : une équation à résoudre

C’est l’un des principaux points d’interrogation du montage actuel. Le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029 retient 872 milliards de FCFA pour « l’aménagement hydroélectrique de Kikot et lignes associées ». Or, une correspondance de KHPC de septembre 2025 faisait état de 1 620 milliards de FCFA, issu de l’avant-projet.

L’écart de 748 milliards est considérable. À ce stade, les documents disponibles ne permettent pas d’établir précisément ce qui explique cette différence : périmètre technique, fiscalité, contingences, hypothèses financières ou autres paramètres. La mise en concurrence des constructeurs pourrait toutefois contribuer à préciser le coût.

Les offres finales fourniront des références de prix supplémentaires et pourraient permettre une optimisation de l’investissement.

Des retombées économiques à confirmer

Pour le Cameroun, Kikot pourrait renforcer l’offre électrique et contribuer à réduire certaines contraintes qui pèsent sur l’activité économique. Mais ces retombées ne sont pas automatiques.

Leur ampleur dépendra notamment de la capacité du réseau à transporter et distribuer l’électricité produite, du coût final de l’investissement et des conditions auxquelles cette énergie sera vendue. Elle dépendra aussi de la capacité de l’économie à transformer une offre électrique supplémentaire en investissements productifs, en emplois et en croissance.

La construction devrait générer de l’activité pour les entreprises et les travailleurs. Toutefois, l’importance des retombées locales dépendra notamment de la participation effective des entreprises camerounaises aux marchés et de la part de la main-d’œuvre locale mobilisée.

Pour les populations concernées, les attentes portent également sur les emplois, les infrastructures, les activités économiques locales et la prise en compte des éventuels impacts sociaux et environnementaux. Ces bénéfices devront être appréciés à partir des réalisations concrètes plutôt que des seules projections.

Le véritable verrou

Kikot-Mbebe dispose désormais de plusieurs acquis : un partenaire industriel majeur, une société de projet opérationnelle, une conformité environnementale, des entreprises présélectionnées et un intérêt significatif des bailleurs.

Mais le passage du projet au chantier dépendra de deux réponses essentielles : combien Kikot coûtera-t-il réellement et comment sera-t-il financé ?

Tant que ces deux équations ne seront pas stabilisées, le barrage restera un projet avancé, mais pas encore une infrastructure en construction. Pour le Cameroun, le prochain défi ne sera pas seulement de mobiliser les financements, mais de démontrer que l’investissement sera financièrement soutenable et que ses bénéfices économiques et sociaux seront à la hauteur des ressources engagées.

Cette version me paraît plus équilibrée sur le plan journalistique : elle ne remet pas en cause l’intérêt stratégique de Kikot, mais évite de présenter ses retombées comme acquises. Elle met surtout en évidence le point qui mérite actuellement le plus d’explications : l’écart de 748 milliards de FCFA entre les deux évaluations du coût.

Simon Emmanuel Minyem

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