22 septembre 2026

Le dernier Baromètre économique de la CEMAC publié par la Banque mondiale met en lumière un paradoxe : la hausse des prix du brut est désormais neutralisée par le déclin continu de la production nationale.

Cameroun : la flambée du pétrole ne profite plus à l’économie

Alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont propulsé les cours du pétrole à des niveaux inédits depuis plusieurs années, le Cameroun ne tire plus pleinement profit de cette embellie. Le dernier Baromètre économique de la CEMAC publié par la Banque mondiale met en lumière un paradoxe : la hausse des prix du brut est désormais neutralisée par le déclin continu de la production nationale. Longtemps considéré comme un soutien essentiel des finances publiques, le pétrole ne joue plus le rôle d’amortisseur économique qu’il assurait lors des précédents chocs pétroliers. Les chiffres sont révélateurs : en 2025, la production est tombée à 19,374 millions de barils, contre 21,377 millions un an plus tôt, tandis que les exportations ont reculé de 10 %. Un secteur pétrolier arrivé à maturité La situation trouve son origine dans un phénomène structurel. Comme plusieurs producteurs de la CEMAC, le Cameroun exploite des champs pétroliers vieillissants dont les rendements diminuent progressivement. La Banque mondiale souligne que cette baisse résulte du vieillissement des gisements et de l’insuffisance des investissements dans l’exploration et le développement de nouveaux champs. Autrement dit, même lorsque le prix du baril augmente, le pays dispose de moins de pétrole à vendre sur les marchés internationaux. Ce décalage explique pourquoi les recettes pétrolières progressent beaucoup moins vite qu’espéré. Une embellie qui masque une fragilité Le conflit au Moyen-Orient a fait bondir le cours du pétrole jusqu’à plus de 110 dollars le baril avant un reflux autour de 80 dollars. Pour des pays fortement exportateurs comme le Tchad, le Gabon ou la Guinée équatoriale, cette hausse représente une véritable bouffée d’oxygène budgétaire. Le Cameroun se trouve dans une situation différente. Son économie est plus diversifiée, mais sa production pétrolière est devenue insuffisante pour transformer la hausse des prix en véritable levier de croissance. Selon la Banque mondiale, la remontée des cours ne fera qu’atténuer la dégradation des comptes extérieurs sans inverser la tendance. Des conséquences directes sur les finances publiques Le recul de la rente pétrolière affecte directement les recettes de l’État. En 2025, le déficit budgétaire est passé de 1,5 % à 2,2 % du PIB, tandis que les recettes publiques ont diminué. Parallèlement, le déficit du compte courant s’est creusé à 4,2 % du PIB, signe que les importations progressent plus rapidement que les exportations. Cette évolution réduit les marges de manœuvre du gouvernement pour financer les infrastructures, les politiques sociales ou les investissements publics sans recourir davantage à l’endettement. Même si le ratio de la dette reste maîtrisé, la baisse durable des recettes pétrolières rend les finances publiques plus sensibles aux chocs extérieurs. Un changement de modèle économique s’impose Cette évolution confirme une réalité souvent évoquée par les économistes : le Cameroun entre progressivement dans une période « post-rente pétrolière ». Le pétrole continuera de contribuer aux recettes nationales, mais il ne pourra plus, à lui seul, soutenir durablement la croissance ni équilibrer les finances publiques. La Banque mondiale estime d’ailleurs que la croissance des prochaines années reposera davantage sur les secteurs non pétroliers, notamment l’énergie, l’industrie manufacturière, les services et les investissements privés. Le raccordement du barrage hydroélectrique de Nachtigal aux principaux bassins industriels devrait améliorer l’approvisionnement en électricité, réduire les coûts de production des entreprises et soutenir l’activité industrielle. Comment limiter les effets du déclin pétrolier ? Le premier défi consiste à relancer les investissements dans l’exploration afin de ralentir le déclin naturel des champs existants et d’encourager la découverte de nouveaux gisements économiquement exploitables. Mais cette stratégie ne suffira pas. Les spécialistes s’accordent sur la nécessité d’accélérer la diversification de l’économie. Le Cameroun dispose d’atouts importants dans l’agriculture, l’agro-industrie, le bois transformé, les mines, le numérique, le tourisme et les services logistiques. L’amélioration de la mobilisation des recettes fiscales non pétrolières constitue également un levier essentiel pour réduire la dépendance de l’État aux hydrocarbures. Enfin, la poursuite des investissements dans les infrastructures énergétiques, les transports et la transformation locale des matières premières permettra de renforcer la compétitivité de l’économie et d’élargir la base productive. Une transition devenue inévitable Le principal enseignement du Baromètre de la Banque mondiale est clair : le Cameroun ne peut plus compter sur les seules fluctuations favorables du marché pétrolier pour améliorer durablement sa situation économique. La hausse des cours constitue un soutien ponctuel, mais elle ne compense plus le recul de la production nationale. Dans ce nouveau contexte, la solidité des finances publiques dépendra moins du prix du baril que de la capacité du pays à moderniser son appareil productif, attirer les investissements et accélérer la diversification de son économie. Le véritable défi n’est donc plus de profiter d’une flambée des prix du pétrole, mais de préparer une économie capable de croître durablement lorsque cette rente ne jouera plus son rôle de moteur budgétaire. Simon Emmanuel Minyem

Cameroun : la flambée du pétrole ne profite plus à l’économie Read More »

La Douane change-t-elle de méthode ?

Ngaoundéré -Cameroun : des motos et cargaisons tombent dans les filets de la Douane

Trente motos, des médicaments, des téléphones et d’autres marchandises : la saisie opérée à Ngaoundéré révèle une nouvelle fois l’ampleur des flux qui échappent au contrôle de l’État. Derrière chaque cargaison interceptée se trouvent des recettes fiscales perdues, une concurrence déloyale pour les opérateurs en règle et des risques liés à la circulation de produits sensibles. Mais l’opération HALCOMI IV pose surtout une question : la Douane camerounaise est-elle en train de franchir un cap dans la lutte contre le commerce illicite ? La saisie réalisée le 17 septembre 2026 à Ngaoundéré intervient dans un contexte particulier. Elle a coïncidé avec le passage dans la ville d’une caravane nationale de sensibilisation contre la fraude et la contrebande, consacrée notamment aux boissons, aux produits surgelés et à d’autres marchandises sensibles. Ngaoundéré : un important espace de circulation des marchandises Les éléments de la mission spéciale HALCOMI IV, en collaboration avec les Forces de défense et de sécurité, ont intercepté 30 motocyclettes non dédouanées, huit ballots de produits pharmaceutiques, dix sacs d’emballages plastiques non biodégradables, dix colis de téléphones portables, trois cartons d’accessoires de téléphones et deux tricycles. L’opération illustre la pression exercée sur les circuits commerciaux dans l’Adamaoua. Positionnée entre le sud et le septentrion du Cameroun, avec des frontières avec le Nigeria et la République centrafricaine, la région constitue un important espace de circulation des marchandises. Cette position en fait à la fois un carrefour économique et une zone particulièrement sensible pour le contrôle douanier. Un manque à gagner pour l’économie Chaque marchandise qui échappe aux procédures légales représente potentiellement des droits et taxes non perçus par l’État. À l’échelle d’un pays, la fraude douanière peut donc réduire les recettes publiques et affaiblir les capacités de financement des politiques publiques. Mais le problème est aussi concurrentiel. L’opérateur qui acquitte droits, taxes et autres charges ne peut durablement rivaliser avec celui qui introduit ses marchandises en dehors des circuits réglementaires. La présence de produits pharmaceutiques ajoute une dimension sanitaire. Leur circulation clandestine pose la question de leur origine, de leur qualité et de leur traçabilité. La saisie d’emballages plastiques non biodégradables rappelle, elle, que le contrôle douanier participe également à l’application de certaines politiques environnementales. La Douane change-t-elle de méthode ? La caravane de sensibilisation et la rencontre entre la délégation conduite par le commandant Hugues Cyriaque Kuetche, les responsables locaux des Douanes et le gouverneur Kildadi Taguieke Boukar montrent que la lutte contre la contrebande ne repose plus uniquement sur les contrôles et les saisies. Elle associe désormais sensibilisation, renseignement, coordination administrative et coopération sécuritaire. HALCOMI constitue l’un des instruments de cette stratégie. Mais une saisie, aussi importante soit-elle, ne suffit pas à démontrer une amélioration globale de la performance douanière. Celle-ci devrait plutôt se mesurer dans la durée : évolution des recettes, efficacité des contrôles, digitalisation des procédures, rapidité du dédouanement, qualité du renseignement et réduction effective des circuits clandestins. Le véritable enjeu : tarir les circuits Pour l’Adamaoua, la perspective est donc claire : renforcer la surveillance des principaux axes commerciaux sans transformer le contrôle en obstacle au commerce légal. La coopération avec les pays voisins, l’exploitation des données, le ciblage des flux à risque et la sensibilisation des commerçants peuvent permettre d’aller au-delà de la simple logique de saisie. La Douane camerounaise semble ainsi renforcer son dispositif. Mais son véritable succès ne se mesurera pas au nombre de cargaisons interceptées. Il se mesurera à sa capacité à faire reculer durablement la fraude, à sécuriser les échanges et à faire de la voie légale la voie la plus naturelle pour les opérateurs économiques. Simon Emmanuel Minyem

Ngaoundéré -Cameroun : des motos et cargaisons tombent dans les filets de la Douane Read More »

Scroll to Top