Gaz domestique : le Cameroun face à l’épreuve des importations

La SCDP travaille parallèlement à accroître les capacités de Bonabéri

À Douala, Yaoundé et dans plusieurs villes, les files d’attente devant les points de vente témoignent d’une tension devenue difficile à ignorer. Le départ du Hilli Episeyoen juillet a supprimé une source locale d’environ 30 000 tonnes de GPL par an, tandis que la consommation progresse.

La SCDP assure pourtant que les stocks permettent d’approvisionner le marché. Entre retards de navires, baisse de la production locale, difficultés de distribution et hausse de la demande, le Cameroun doit désormais démontrer qu’il peut sécuriser durablement son approvisionnement sans dépendre d’un calendrier maritime devenu critique.

À Douala, la pénurie est d’abord une réalité de terrain

Dans les quartiers de la capitale économique, trouver une bouteille de gaz domestique peut désormais relever du parcours du combattant. Les files d’attente s’allongent devant certains points de vente et les difficultés touchent particulièrement les réseaux de certains distributeurs. La SCDP refuse toutefois de parler de pénurie nationale.

Dans une communication du 17 septembre, elle évoque plutôt une « tension localisée », liée notamment aux difficultés d’un distributeur, à une hausse d’environ 15 % de la consommation, à l’arrêt de la production de gaz à Bipaga, aux retards de certains butaniers et à des comportements spéculatifs.

La société affirme disposer de stocks suffisants et indiquait qu’un chargement était en cours de déchargement à Bonabéri le 16 septembre. Le contraste entre cette assurance institutionnelle et les difficultés rencontrées par les consommateurs résume toute la complexité de la situation.

En effet, le produit peut être disponible dans les dépôts sans être immédiatement accessible partout au consommateur final.

Le départ du Hilli a changé l’équation

Le retrait du Hilli Episeyo constitue néanmoins le principal changement structurel. Après huit années d’exploitation, le navire a achevé sa mission au Cameroun en juillet 2026. Selon le ministre de l’Eau et de l’Énergie, il permettait de mettre à disposition environ 30 000 tonnes de GPL par an, soit environ une bouteille sur trois produite localement.

Depuis son départ, l’approvisionnement repose davantage sur les importations. Le problème n’est donc pas seulement celui d’un navire qui s’en va. C’est celui d’une chaîne d’approvisionnement qui doit désormais fonctionner avec moins de marge de sécurité.

Une demande qui monte au moment où l’offre locale recule

Les besoins progressent. Entre janvier et juillet 2026, 132 902 tonnes de GPL ont été mises à la consommation, contre 125 085 tonnes sur la même période en 2025, soit une hausse de 6,2 %. Parallèlement, l’arrêt de la production à Bipaga a réduit l’offre nationale d’environ 2 000 tonnes par mois, selon la SCDP.

Pour répondre à cette pression, le gouvernement a lancé le 1er septembre un appel d’offres portant sur 60 000 tonnes de GPL. Cette décision montre que les importations ne constituent plus une solution d’appoint : elles sont devenues le principal instrument de sécurisation du marché.

Fallait-il mieux préparer l’après-Hilli ?

C’est désormais la question qui revient dans les conversations. Le départ du navire n’était pas imprévisible : son retrait était programmé et son contrat arrivait à échéance en 2026. Des informations publiées avant son départ faisaient déjà état de sa future réaffectation.

Le débat porte donc moins sur la surprise du départ que sur l’ampleur du dispositif de remplacement. La hausse de la demande, la dépendance aux importations et les délais maritimes montrent qu’une transition sans stocks de sécurité suffisants ou sans capacité logistique renforcée expose rapidement le marché à des tensions.

Un bateau peut-il suffire ?

L’arrivée d’un butanier à Douala peut améliorer rapidement la situation, mais elle ne règle pas à elle seule le problème. La cargaison actuellement déchargée à Bonabéri devrait alimenter progressivement le marché, mais son effet dépendra de la vitesse de distribution et de la capacité des distributeurs à réapprovisionner leurs réseaux.

La SCDP travaille parallèlement à accroître les capacités de Bonabéri. La mise en service d’une nouvelle sphère a porté la capacité de stockage de 2 500 à 3 500 tonnes, avec un objectif annoncé de 5 500 tonnes à terme.

Avant les fêtes, une question simple

La tension actuelle peut donc se résorber avec l’arrivée des cargaisons et une meilleure distribution. Mais rien ne garantit qu’elle ne se reproduira pas si la demande continue de progresser plus vite que les capacités d’approvisionnement et de stockage.

À l’approche des fêtes de fin d’année, les ménages veulent surtout savoir quand ils pourront acheter normalement leur bouteille. La réponse ne dépendra pas seulement du prochain bateau. Elle dépendra de la capacité du Cameroun à passer d’une gestion des urgences à une véritable sécurisation de l’approvisionnement en GPL.

Le gaz domestique ne doit pas devenir, à son tour, une énergie que l’on attend au gré des arrivages. Le point fort de cette version est de ne pas qualifier abusivement la situation de pénurie nationale alors que la SCDP conteste cette lecture. Elle montre plutôt que la difficulté visible chez les consommateurs révèle une fragilité structurelle de la chaîne d’approvisionnement.

Simon Emmanuel Minyem

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