Ngaoundéré -Cameroun : des motos et cargaisons tombent dans les filets de la Douane

La Douane change-t-elle de méthode ?

Trente motos, des médicaments, des téléphones et d’autres marchandises : la saisie opérée à Ngaoundéré révèle une nouvelle fois l’ampleur des flux qui échappent au contrôle de l’État.

Derrière chaque cargaison interceptée se trouvent des recettes fiscales perdues, une concurrence déloyale pour les opérateurs en règle et des risques liés à la circulation de produits sensibles. Mais l’opération HALCOMI IV pose surtout une question : la Douane camerounaise est-elle en train de franchir un cap dans la lutte contre le commerce illicite ?

La saisie réalisée le 17 septembre 2026 à Ngaoundéré intervient dans un contexte particulier. Elle a coïncidé avec le passage dans la ville d’une caravane nationale de sensibilisation contre la fraude et la contrebande, consacrée notamment aux boissons, aux produits surgelés et à d’autres marchandises sensibles.

Ngaoundéré : un important espace de circulation des marchandises

Les éléments de la mission spéciale HALCOMI IV, en collaboration avec les Forces de défense et de sécurité, ont intercepté 30 motocyclettes non dédouanées, huit ballots de produits pharmaceutiques, dix sacs d’emballages plastiques non biodégradables, dix colis de téléphones portables, trois cartons d’accessoires de téléphones et deux tricycles.

L’opération illustre la pression exercée sur les circuits commerciaux dans l’Adamaoua. Positionnée entre le sud et le septentrion du Cameroun, avec des frontières avec le Nigeria et la République centrafricaine, la région constitue un important espace de circulation des marchandises.

Cette position en fait à la fois un carrefour économique et une zone particulièrement sensible pour le contrôle douanier.

Un manque à gagner pour l’économie

Chaque marchandise qui échappe aux procédures légales représente potentiellement des droits et taxes non perçus par l’État. À l’échelle d’un pays, la fraude douanière peut donc réduire les recettes publiques et affaiblir les capacités de financement des politiques publiques.

Mais le problème est aussi concurrentiel. L’opérateur qui acquitte droits, taxes et autres charges ne peut durablement rivaliser avec celui qui introduit ses marchandises en dehors des circuits réglementaires.

La présence de produits pharmaceutiques ajoute une dimension sanitaire. Leur circulation clandestine pose la question de leur origine, de leur qualité et de leur traçabilité. La saisie d’emballages plastiques non biodégradables rappelle, elle, que le contrôle douanier participe également à l’application de certaines politiques environnementales.

La Douane change-t-elle de méthode ?

La caravane de sensibilisation et la rencontre entre la délégation conduite par le commandant Hugues Cyriaque Kuetche, les responsables locaux des Douanes et le gouverneur Kildadi Taguieke Boukar montrent que la lutte contre la contrebande ne repose plus uniquement sur les contrôles et les saisies.

Elle associe désormais sensibilisation, renseignement, coordination administrative et coopération sécuritaire. HALCOMI constitue l’un des instruments de cette stratégie. Mais une saisie, aussi importante soit-elle, ne suffit pas à démontrer une amélioration globale de la performance douanière.

Celle-ci devrait plutôt se mesurer dans la durée : évolution des recettes, efficacité des contrôles, digitalisation des procédures, rapidité du dédouanement, qualité du renseignement et réduction effective des circuits clandestins.

Le véritable enjeu : tarir les circuits

Pour l’Adamaoua, la perspective est donc claire : renforcer la surveillance des principaux axes commerciaux sans transformer le contrôle en obstacle au commerce légal. La coopération avec les pays voisins, l’exploitation des données, le ciblage des flux à risque et la sensibilisation des commerçants peuvent permettre d’aller au-delà de la simple logique de saisie.

La Douane camerounaise semble ainsi renforcer son dispositif. Mais son véritable succès ne se mesurera pas au nombre de cargaisons interceptées. Il se mesurera à sa capacité à faire reculer durablement la fraude, à sécuriser les échanges et à faire de la voie légale la voie la plus naturelle pour les opérateurs économiques.

Simon Emmanuel Minyem

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