CONAC (Cameroun) : A Mbankomo, la lutte contre la corruption passe à l’ère de l’intelligence artificielle

CONAC (Cameroun) : A Mbankomo, la lutte contre la corruption passe à l’ère de l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle ne transforme pas seulement l’économie et l’administration. Elle modifie aussi les méthodes employées pour frauder, dissimuler des opérations et contourner les mécanismes de contrôle. C’est face à cette mutation que la Commission nationale anti-corruption (CONAC) a réuni, du 14 au 25 septembre 2026 à Mbankomo, une centaine de cadres de plusieurs administrations.

Avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), l’objectif est de faire évoluer les méthodes de prévention et de détection de la corruption à la hauteur des nouveaux risques numériques.

La corruption change de visage

Pendant longtemps, la lutte contre la corruption a essentiellement reposé sur le contrôle des procédures, l’examen des pièces comptables, les audits et les enquêtes administratives. La transformation numérique des administrations et des circuits financiers déplace désormais une partie du problème vers les données et les systèmes d’information.

L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle dimension à cette évolution. Des outils numériques peuvent faciliter la falsification de documents, automatiser certaines opérations frauduleuses, multiplier les contenus trompeurs ou rendre plus difficile l’identification de l’origine de certaines transactions.

Les réseaux sociaux peuvent également servir à diffuser rapidement de fausses informations ou à organiser des pratiques frauduleuses. C’est cette évolution que la CONAC entend intégrer dans ses méthodes de travail. Ouvert le 14 septembre à Mbankomo par son président, le révérend Dr Dieudonné Massi Gams, l’atelier se déroule en deux sessions, du 14 au 18 puis du 21 au 25 septembre 2026.

Former pour mieux détecter

L’enjeu immédiat est celui des compétences. Une institution chargée de prévenir et de détecter les pratiques corruptives doit être capable de comprendre les outils susceptibles d’être utilisés pour les dissimuler.

La formation devrait ainsi permettre aux participants de mieux identifier les risques liés aux technologies émergentes, d’exploiter les données disponibles et d’adapter les techniques d’investigation aux environnements numériques.

Elle doit également contribuer à améliorer les mécanismes d’alerte et la capacité des administrations à repérer les anomalies susceptibles de révéler des détournements ou des flux financiers illicites.

La présence d’une centaine de cadres issus de la CONAC mais aussi d’autres administrations donne à cette initiative une portée qui dépasse le seul renforcement des capacités individuelles. Le véritable enjeu sera la capacité des participants à traduire les connaissances acquises en nouvelles pratiques au sein de leurs institutions.

Le numérique, à la fois risque et outil de contrôle

L’une des particularités de cette nouvelle bataille tient au fait que la technologie constitue à la fois une menace et une partie de la réponse.

Les mêmes outils qui peuvent être détournés à des fins frauduleuses peuvent être utilisés par les organismes de contrôle pour analyser de grandes quantités de données, détecter des incohérences, identifier des opérations atypiques ou mieux cibler les contrôles.

L’intelligence artificielle peut donc devenir un instrument de prévention, à condition que les administrations disposent des données, des infrastructures et des compétences nécessaires à son utilisation.

Cette évolution impose également une vigilance particulière sur la qualité des données, la protection des informations sensibles, la traçabilité des opérations et le respect des règles applicables aux enquêtes et au traitement des données.

Une formation inscrite dans la réforme des finances publiques

L’appui de la BAD, à travers le Projet d’appui à la gouvernance des finances publiques (PAGFIP), donne à l’initiative une dimension institutionnelle plus large. Selon le coordonnateur du projet, Valentin Lah Kouotou, la session s’inscrit dans la composante consacrée au renforcement de la transparence et de la redevabilité.

L’objectif n’est donc pas uniquement de répondre à l’apparition de nouveaux outils technologiques. Il s’agit aussi de renforcer l’environnement institutionnel dans lequel sont gérées les ressources publiques. Améliorer les mécanismes d’alerte, prévenir les flux financiers illicites et accroître l’efficacité de la dépense publique constituent autant de leviers de cette réforme.

Dans un contexte où les contraintes techniques et financières continuent de peser sur les performances de la gestion publique, la maîtrise des risques de corruption devient aussi une question d’efficacité économique.

Le véritable test viendra après Mbankomo

La formation constitue une étape, mais son impact se mesurera surtout dans la durée. Le défi sera de transformer les connaissances acquises en procédures, outils et réflexes professionnels au sein des administrations concernées.

Cela suppose notamment une actualisation régulière des compétences, des investissements dans les systèmes d’information, une meilleure circulation de l’information entre les institutions et une adaptation continue des dispositifs juridiques et de contrôle.

À l’horizon 2035, la lutte contre la corruption ne pourra donc plus être dissociée de la transformation numérique de l’État. La session de Mbankomo traduit cette prise de conscience. Son véritable enjeu sera désormais de faire en sorte que la modernisation des outils de contrôle avance au même rythme que celle des méthodes utilisées pour contourner ces contrôles.

Simon Emmanuel Minyem

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