Le rapport 2025 de la CONAC révèle une hausse de 54,4 % des pertes financières évaluées, alors que les dénonciations reculent. Au-delà des chiffres, l’efficacité des sanctions et le recouvrement des fonds publics restent les véritables tests de la gouvernance.
La corruption continue de peser sur les finances publiques camerounaises. Présenté le 8 octobre 2026 à Yaoundé, le 15ᵉ rapport de la Commission nationale anti-corruption (CONAC) évalue à 6,27 milliards de FCFA le préjudice financier subi par l’État en 2025, contre 4,06 milliards en 2024. Soit une hausse de 2,21 milliards de FCFA, environ 54,4 %.
Ce montant agrège les préjudices recensés par les enquêtes de la CONAC, les décisions du Conseil de discipline budgétaire et financière et celles du Tribunal criminel spécial. Les investigations propres à la Commission ont, à elles seules, évalué les pertes à environ 1,72 milliard de FCFA. Ces données ne constituent donc pas exclusivement des sommes définitivement établies par des condamnations judiciaires.
Autre signal préoccupant : la CONAC a reçu 8 036 dénonciations en 2025, contre 10 520 l’année précédente, soit une baisse de près de 24 %. Cette évolution ne signifie pas nécessairement que les pratiques corruptives diminuent. La Commission l’associe notamment à la multiplication des lignes de dénonciation au sein des administrations. Le nombre de signalements ne saurait, à lui seul, mesurer l’ampleur réelle du phénomène.
Le tableau comporte néanmoins un élément à examiner : les opérations de recouvrement des avoirs de l’État ont permis de mobiliser plus de 5,8 milliards de FCFA en 2025, selon les chiffres relayés à partir du rapport. Ces récupérations constituent un indicateur important, mais elles doivent être distinguées des préjudices évalués et suivies jusqu’à leur reversement effectif au Trésor public.
L’enjeu dépasse ainsi la dénonciation morale de la corruption. Dans un contexte de besoins importants en infrastructures, en santé, en éducation et en investissements productifs, chaque ressource publique mal utilisée réduit les marges de l’action gouvernementale. La répétition de ces pertes fragilise également la confiance des citoyens et peut peser sur la perception du risque par les investisseurs.
Le véritable test de la gouvernance camerounaise sera désormais celui des résultats : identifier les responsabilités, appliquer les sanctions prévues par la loi, récupérer les fonds détournés et prévenir la répétition des infractions. Car un rapport annuel ne vaut pas seulement par les milliards qu’il révèle, mais par les mesures concrètes qu’il déclenche.
La transparence commence avec la publication des chiffres. La crédibilité de l’État se construit dans les suites qui leur sont données